SCENE VI
MADAME DB MIRCOUR.
Laissez-moi. J^ai de Thumeur ; je suis au désespoir.
SAIN VILLE
Eh ! mon Dieu, que vous est-il donc arrivé?
MADAME DE MIRCOUR.
Azor, mon cher Azor, qui s'est échappé, on ne sait ce qu'il est devenu.
SAINVILLB.
Et qu'est-ce que c'est donc que cet Azor?
MADAME DE MIRCOUR.
Mon carlin. Vous riez, je crois I
SAIN VILLE
Moi ? pas du tout. Je partage bien sincèrement voire désespoir.
MADAME DE MIRCOUR.
Courage; moquez -vous; affligez-vous ironiquement. Les hommes veulent toujours montrer du caractère.
SAINVILLE
Calmez- vous. On le retrouvera, et je vous crois trop raisonnable...
MADAME DE MIRCOUR.
Raisonnable ! Non, monsieur, je ne suis point raisonnable, et je n'aime point les gens raisonnables ; ils sont froids, insensibles. Au feit, que me voulez-vous ? Je suis fort étonnée qu'on ne vous ait pas dit que je ne voulais voir personne.
SAINVILLE
Eh! mon Dieu, comme vous me traitez, madame!
Ces couplets que vous m'avez demandés hier?...
MADAME DE MIRCOUR.
Ces couplets? Je n'en veux plus; ils ne valent rien. En effet, je suis bien en disposition de chanter!
SAIN VILLE
Mais vous êtes méchante, au moins.
MADAME DE MIRCOUR.
Moi, méchante I c'est vous plutôt qui n'avez pas la moindre sensibilité. Je pleure, je souffre; monsieur plaisanle, monsieur rit.
SAINVILLE
J'étais loin de m'attendre à un pareil accueil. Se peut-il que ce soit la môme femme qui, hier, au bal, était si douce, si Bonne....
MADAME DE MIRCOUR.
. Hier, monsieur, vous étiez aimable. Tâchez donc de l'être aujourd'hui.
SAINVILLE
Ma foi, madame, je désespère de vous paraître tel tant que vous conserverez cette humeur.
MADAME DE MIRCOUR.
Fort bien; vous vous piquez, vous vous fâchez. Oh! que voilà bien votre vivacité, votre pétulance.
SAINVILLE
Voilà bien le caprice le mieux conditionné...
MADAME DE MIRCOUR.
Le caprice !... On a le malheur de sentir vivement, et l'on a des caprices. Ainsi vous seriez malheureux avec moi ; n'est-ce pas là ce que vous voulez me faire entendre?
SAINVILLE
Allons, je ne peux pas dire un mot que vous ne l'interprétiez de la manière la plus odieuse. Adieu, madame.
MADAME DE MIRCOUR.
Adieu, monsieur.
SCKNK Vil.
SA IN VILLE, ro venant.
Ainsi c'est la perte de M. Azor qui nous brouillerait?
MADAME DE MIRGOUR^
Ce que vous dites là est affreux ; vous savez bien que je ne «erais pas assez injuste... Non, c'est le manque d'égards, de procédés, d'indulgence.
SAIN VILLE
Et c'est donc là le prix de l'amour le plus tendre, le plus sincère...?
MADAME DE MIRCOUR.
Vous allez vous plaindre, à présent. Je n'aime pas les doléances. Vous vouliez sortir; restez, monsieur, c'est moi qui tous cède la place. Oui, je vais m'enfermer pour pleurer toute seule.
SAIN VILLE
Si vous sortez, comptez qxjte vous m'aurez vu pour la dernière fois.
MADAME DE MIRCOUR.
Eh bien, monsieur, tâchez de ne pas oublier cette promesse, (eiic son.)