SCÈNE I
DURMONT, CÉCILE,
Assis près d'une table ronde, achoTant de déjeuner.
DURMONT.
Eh bien, ma chère enfant, comment trouves-tu ma petite maison ?
CÉCILE
Charmante, mon père ! Ainsi donc, nous voilà fixés à Auteuil. et vous renoncez tout à fait aux affaires et à Paris ?
DURMONT.
Mon enfant, je suis content de la fortune que j'ai acquise; cette maison est agréablement située : j'y veux vivre tranquille, heureux avec ma fille et les amis que j'inviterai. J'ai pour voisins, dit-on, quelques ennuyeux personnages; mais que m'importe? je n'irai pas chez eux^ et j'espère bien qu'ils ne viendront pas chez moi. Tu dois être enchantée de mon plan, toi, ma Cécile, qui détestes tant le ton du monde et le fracas de la ville ! toi, qui. aimes tant la campagne et la solitude !
CÉCILE
Oh 1 sans doute.... Convenez cependant que toutes les sociétés de Paris ne sont pas bruyantes, frivoles ou ennuyeuses : par exemple, ne regrettez-vous pas la maison de cet honnête Dupré ?
PUllMONT. on souriant.
Ce jeune Armand, qui travaille chez lui, est bien intéressant, n'est-ce pas ?
CÉCILB.
C'est vous-même qui m'avez répété plus d'une fois qu'il était fort aimable. (En soupirant.) Il n'est pas favorisé de la fortune.
DURMONT, soupirant comme sa fille.
C'est bien dommage 1 Au surplus, ma fille, en renonçant aux affaires, je n'en oublierai pourtant pas une qui te regarde, et à laquelle il est bientôt temps de songer.
CÉCILE
De quoi s'agit-il donc, mon père ?
DURMONT.
Mais de te marier, ma fille.
CÉCILE
Oh 1 je ne suis pas pressée, mon père.
DURMONT.
Fort bien : voilà ce qu'une jeune personne répond toujours.
CÉCILE
C'est que sans doute, suivant l'usage, en me cherchant un mari, vous allez d'abord songer à la fortune.
DURMONT.
Aurais-je tort, à ton avis ?