DUR MONT
Oh ! nous les re verrons.
MALINVAL.
Oui, sans doute, nous les reverrons ; mais c'est que la campagne a tant d'agréments : ma foi ! vive la campagne pour l'aisance, la liberté. A Paris, on est tourmenté, harcelé par mille importuns, mille fâcheux.
LAMBERT
Ohl l'on en trouve partout; n'est-il pas vrai, Durmont?
Vous avez bien raison ; mais enfin, quels sont les plaisirs de Paris? Dans les promenades publiques, une foule, un vacarme, des filous, des petits chiens !
LAMBERT
Ne me parlez pas des spectacles: des calembours pour de l'esprit, des madrigaux pour du sentiment; des fripons qui font les délicats , des adultères qui font de la morale, et des voleurs qui font de la sensibilité I
DURMONT.
Que voulez-vous? la comédie est la peinture du monde.
MALIN VAL
Des tombeaux, des spectres, des prisons, des petitesmaisons du Parnasse, qui nous ont été apportées avec les nouveaux romans.
DURMONT.
Marchandises anglaises qu'on aurait dû. prohiber avec les autres.
LAMBERT
Mœurs scandaleuses, égoïsme poussé à Texcès ; chacun songe à soi, oublie Tunivers ; il s'est établi un nouveau commerce de faillites, qu'on appelle des malheurs ; et de malheur en malheur, on achète des terres, des maisons, et l'on marie ses enfants.
Les restaurateurs font fortune, les libraires sont ruinés. Mais puisque vous en agissez sans façon avec moi, mes chers voisins, vous me permettrez de me conduire de même.: promenez- vous dans le jardin; nouveau propriétaire, je ne connais pas encore mes domaines.
LAMBERT
Oh ! je les connais, moi; je m'y suis promené si souvent avec votre prédécesseur.
MALINVAL.
Ah! c'est bien vrai, (sas à Durmont.) Ce sont ses importunités qui ont dégoûté cet ancien propriétaire.
DURMONT.
Vraiment !
LAMBERT
Venez , je vais vous montrer des endroits délicieux !
DURMONT.
Permettez ; ce n'est pas sans motif que j'ai invité Armand, il faut que je cause avec lui....