ACTE II, SCÈNE YIII
MADAME MOKTALAN.
Oh I les hommes I Mais moi-même dernièrement j'ai ait ane conquête.
MADAMB DORSAL
Gela ne m'étonne pas.
MADAME MONTALAN.
Un monsieur de Brémont.... Un jeune homme fort bien, qui a eu l'audace de se présenter chez moi sous le prétexte de m'offrir ses services au ministère de la guerre.
MADAME DOHSAI.
Vraiment !
MADAME MONTALAN.
J'ai eu toutes les peines du monde à me soustraire à ses importunités.... Croirais-tu qu'il a osé m'écrire, et que, pendant plus de quinze jours, il me suivait aux spectacles, aux promenades ?
MADAME DORS AI, riant.
C'est qu'il était profondément blessé.
MADAME MONTALAN.
Non ; mais c'est, je crois, un de ces jeunes gens qui ont l'habitude des bonnes fortunes, et qui, incapables d'éprouver un sentiment vif, se bornent à faire la cour aux dames, comme ils le disent eux-mêmes, en amateurs. Voilà pourtant à quoi l'on est exposée quand on est veuve.... Tu es plus heureuse, toi; tu es à l'abri des déclarations.
MADAME DORSAL
Mais point du tout, ma chère ; les femmes mariées en reçoivent tout comme les autres. Chaque fois que je vais au bal, on m'en adresse toujours deux ou trois. Ces messieurs prétendent, quand ils aiment une femme, qu'un mari n'est pas un obstacle ; qu'au contraire, c'est plus piquant.
380 LES DEUX MENAGES.
MADAMR MONTALAN.
Quelle horreur !
MADAME DORSAL
A propos, ma chère amie, c'est demain la fête de Dorsai ; je donne une soirée charmante, et je compte sur toi pour rendre plus agréable encore la surprise que je ménage à mon mari.