ACTE H, SCÈNE IX
MADAMB BOURDEUIL, so conlenant.
Gela ne sera rien; ce n'est que l'effet d'une surprise.
^Regardant son mari avec inlenlion.) Il J a des personnes qui
ont rhabitude des émotions fortes, ^t qui les éprouvent sans que leur physionomie en soit altérée.... N'est-il pas vrai, monsieur Bourdeuil?
BOURDEUIL.
Oui, cela se voit quelquefois.
MADAME DORSAL
Mais quel sujet d'émotion pouvez-vous avoir en voyant madame pour la première fois?
MADAME BOURDEUIL.
Les traits de madame ne me sont pas tout à fait inconnus, ni à M. Bourdeuil non plus.
BOURDEUIL, vivemenl.
Moi 1 je ne me rappelle pas avoir eu l'honneur de voir madame.
MADAME MONTALAN.
Quant à moi, les traits de monsieur et de madame me sont totalement étrangers. Pourriez- vous me dire où j'ai eu l'honneur d'être connue de vous ?
MADAME BOURDEUIL, avec une intention marquée.
C'est une question à laquelle monsieur peut se char^ ger de répondre.
BOU-RDEUIL, à sa femmo, à dcmi-volx, avec une impatience
concentrée .
Continuez, madame, continuez; quant à moi, je suis impassible : j'ai pris mon parti, et maintenant rien ne peut plus m'é tonner.
MAD.iME DORSAI, à paît.
Est-ce que par iiasard ses soupçons?;;.
MADAME BOURDBUIL, à madame MonUlan.
Madame ne s'est-elle jamais fait peindre ?
MADAME MONTALAN.
Je VOUS demande pardon.... Oh! j'y suis maintenant. Mon portrait, exécuté par un de nos meilleurs artistes, a été exposé au dernier salon. Jamais ressemblance n'a été si parfaite, et j'explique à présent la surprise que ma vue vous a causée. Il y a dans ce portrait une robe de velours noir, qui fait le désespoir de tous les artistes.
MADAME BOURDEUIL, à part.
Justement une robe de velours noir, plus de doute. (Haut.) Cependant je ne crois pas que ce soit au Ssdon que je l'ai vu.... C'était une miniature, n'est-il pas vrai, madame ?
MADAME MONTALAN.
Non, madame, c'était un portrait en pied.
MADAME DORSAI, à part.
Ob 1 je devine à présent : comme la jalousie nous
abuse. (Haut à madame Bourdeull.) Je Sais Ce que VOUS VOUlCZ
dire, ma chère amie ; mais vous vous trompez certainement, vous êtes dans Terreur la plus complète.
MADAME MONTALAN, à part.
Ahl mon Dieu, serais-je l'objet d'une méprise?
BOURDEUIL.
Quant à moi, je n'y suis pas du tout; mais depuis ce matin on ne parle ici que par énigmes, et je commence à m'y habituer.... Il faut espérer qu'avec le temps et des dispositions naturelles, je parviendrai.