ACTE II, SCÈNE VÏI
SŒUR EUPHÉMIE
Ah! je sais ce que c'est : un portrait que j'ai fait de mémoire.
SŒUR JOSÉPHINE
Voyons-le donc!... Oh ! le joli jeune homme!
L ABBESSE, prenant le portrait. '
Voyons : mais.... attendez donc... je ne me trompe pas ; c'est le portrait de sœur Séraphine.
Mon portrait ! Oh ! c'est singulier.
l'abbesse.
Oui, voilà tous vos traits; seulement, ici, vous êtes en fille ; et, là, vous êtes en homme.
BELFORT
C'est mon frère, sans doute ; vous connaissez l'original du portrait?
SŒUR EUPHÉMIE
Je l'ai beaucoup connu autrefois.
BELFORT
C'est lui-même, un jeune homme de vingt-cinq ans, n'ayant des yeux que pour une personne charmante, qu'il adore depuis son enfance ; n'est-il pas vrai ?
SŒUR EUPHÉMIE
Ce n'est donc pas celui que j'ai connu.
BELFORT
Oh ! c'est bien lui ; vous voulez dire qu'il a fait quel-" ques étourderies; si vous saviez comme il s'en est repenti, comme il est devenu sage et raisonnable ! (a rabb'esse.) Vous me pardonnez, madame, de mettre un peu de chaleur à défendre un frère que j'ai toujours regardé comme un autre moi-même.
442 LES VISII'ANDINES.
l'àbbesse.
Gomment donc ! c'est bien naturel, ma chère enfant; . bon sang ne peut mentir. Il est fort bien au moins, ce jeune homme ; en changeant son habit, on le prendrait pour un chérubin.
BELFORT
Il s'en faut pourtant que l'original soit un ange.
LA TOURIÈRE
Madame, madame, je me trompe fort, ou voici le père Hilarion.
l'abbesse.
Mes sœurs, c'est un nouveau directeur qui nous arrive; prenez Textérieur qui vous convient, et que votre discrétion fasse honneur au couvent.