DORIGNY, COMTOIS, ROSE
ROSE
Votre servante, monsieur Comtois. Qu'est-ce que ce monsieur-là ?
COMTOIS
M. Dorigny, cet homme de mérite, le nouveau notaire de madame.
ROSE
Ah! oui. Cet ami de madame, qui dans sa jeunesse était si gai, si bon, si amoureux, noQ pas de madame, mais d'une autre demoiselle qu'il a fini par épouser. Oh ! comme la présence de monsieur va mettre aux champs tous nos héritier.^ !
DORIGNY
Vous croyez ?
ROSE
Pardi^ un notaire l Oh ! ils vous feront joliment la cour; ils me la font bien, à moi. L'un me cajole, l'autre me protège. M. Saint -Laurent veut toujours m'em-
brasser, et sa femoie me cherche un mari de tous les côtés.
DORIGNY
Eh bien, mon enfant, me voilà prêt à faire votre contrat de mariage.
ROSE
Vous êtes bien bon, monsieur. Allez, allez, je les connais bien; il n'y a pas jusqu'à M. Vernissac, que je n'ai jamais vu, mais que j« devine au ton et au style de ses lettres, parce que c'est moi qui ai la fonction d'en faire là lecture à madame.
COMTOIS
L'entendez- vous?. Elle est bien jeûne, et elle voit des choses qui m'échappent, à moi. Continuez, mademoiselle Rose ; c'est rendre service à madame que de tout dire à M. Dorigny.
ROSE
Ah! si vous me mettez en train, j'en dirai de belles. M. Bardolin est un commerçant qui tranche du grand seigneur, comme dit madame. Il a toute l'avidité d'un homme d'affaires, toute la finesse d'un procureur, toute Tarrogar.ce d'un parvenu. Il enrage contre M^^^ Louise, parce qu'elle se fait plus aimer que son benêt de fils, dont l'éducation lui a tant coûté d'argent, qui néglfge son travail pour apprendre à monter à cheval, qui néglige sa tante pour aller jouer la tragédie en société, et courtiser les petites marchandas de modes, qui font les princesses. M. Saint-Laurent est un bon gros homme, qui dort toujours et partout, même à table, quant il n'y mange plus. Il a confiance dans le génie de sa femme, dont il est le très-humble serviteur. Sa femme a confiance dans l'amitié que madame témoigne à sa fille, et pourtant elle ne se croit pas encore si sûre de son fait que M. Vernissac, le Languedocien, qui écrit des douceurs à madame, vante son mérite et sa sensibilité, et