ACTE m. SCENE V
DOHIGNY.
Eh! oui, mon fils, qui est un fou, bien amoureux, bien malheureux ; car il sent sa folie. Il l'a déclaré luimême ce matin à mademoiselle, il reconnaît qu'il ne peut prétendre à elle. Il me conjure de l'éloigner. C'est ce que je vais faire.
MADAME SINCLAIR
C'est votre fils ! ce jeune homme que je trouvais si aimable, c'est votre fils! Et cette passion qu'il condamne, mais que sa mère approuve, c'est pour ma nièce! Et, dites-moi, là, au juste, quelle est votre fortune ?
DORIGNY
Elle est belle, ma.fortune !
MADAME SINCLAIR
Mais encore ; depuis vingt-cinq ou trente ans que vous travaillez.... trois, quatre, cinq mille francs de revenu ?
DORIGNY
Ma foi, c'est tout au plus.
MADAME SINCLAIR
Et il est fils unique ?
DORIGNY
Il vaudrait mieux que j'en eusse d'autres, n'étant pas plus avancé que je ne le suis.
MADAME SINCLAIR
Et il a du talent dans son art ?
DORIGNY
Beaucoup.
LOUISE
Son art ?
MADAME SINCLAIR
Oui, c'est un peintre.
DORIGNY
Il n'est connu que par son prénom.
MADAME SINCLAIR
Qui est...
LOUISE
Ernest. Je Tai retenu.
MADAME SINCLAIR
En effet, j'en ai entendu parler ; et c'est un excellent sujet ?
DORIGNY
C'est mon fils : puis-je en faire l'éloge ?
MADAME SINCLAIR
Dites.
DORIGNY
Hors cet amour extravagant, je n'ai qu'à m'en louer : l'absence le guérira, et il sera parfait.
MADAME SINCLAIR
D'autres m'en ont déjà dit du bien, beaucoup de bien. Je voudrais le voir. Faites-moi le plaisir de me l'amener.
DORIGNY
De vous l'amener ?
Sur-le-champ. Je n'aime pas à perdre de temps.
DORIGNY
Non parbleu.
MADAME SINCLAIR
Voulez-vous que je l'envoie chercher par un de mes gens? 11 ne se refusera pas à mon invitation. ^Eiie
appelle.) Comtoig.
DORIGNY
N'appelez pas.