ACTE TROISIÈME
ANTONIN
Vous m'aimez?...
Comme fou, à lui-même.
Rêve! Délire ! Extase!...
Elle m'aime !
DELPHINE
Ah I c'est ton devoir De fuir et d'oublier ma parole imprudente.
ANTONIN
Oui, l'abîme ouvert m'épouvante.
Mais en vain, je veux ne rien voir, En vain, je veux le méconnaître, Cet amour qui prend tout mon être :
Il me possède à tout jamais !
Revenant à lui.
Ah ! c'est horrible !... Et je vais, lâche. Déserter maintenant ma tâche !
Non ! non...'
DELPHINE
Il ne faut plus songer que tu m'aimais. Il ne faut plus songer au destin qui m'accable. Abandonne-moi !
ANTONIN
Qui? moi?
Je t'abandonnerais !
DELPHINE, ardemment.
Eh bien ! nous partirons.
ANTONIN, troublé.
Un devoir périlleux m'appelle...
DELPHINE
Oui, ce message...
Je sais... et je prétends égaler ton courage. Peut-être par la mort nous nous rachèterons.
ANTOMN, exalté.
Par la mort, tu l'as dit! 0 refuge suprême Le seul contre la honte I
Ah: je t'aime, je t"aime!
Fiévreusemenl.
Fuyons 1 mais il faut que la tête haute Je puisse dire, un jour, à quel point je t'aimais, Et que cet aveu soit le rachat de ma faute!
Je dois avant tout porter ce message.
Partons ensemble, et si Dieu l'ordonne, mourons !
Viens, le devoir fait, la tâche remplie, Tout entiers pour jamais à l'amour qui nous lie, Épargnés, pardonnes, nous nous retrouverons!
DELPHINE
Viens donc oii le destin nous mène, Viens, disparaissons pour toujours, Allons, loin de la foule humaine.
L'un à l'autre achever nos jours.
OubUons tout, hormis nous mêmes, Et sois tout à moi, si tu m'aimes.
n est à ses pieds, dans ses bras. Subtilement elle lui a dérobi le message. Elle se lève vivement, avec un cri de joie farouche.
Je l'ai!
Il ne comprend pas tout d'abord.
ANTONIN, éperdu.
Que fais-tu ?