ACTE DEUXIÈME
Rit à votre jeunesse heureuse, N'est-ce pas que la mort est une chose affreuse?
DOMINIQUE, fermement.
J'ai fait selon mon cœur et selon mon devoir!
LE CAPITAINE ENNEMI
Et si je vous offrais de vivre encore ! Si je vous faisais grâce... Au prix D'un service?
DOMINIQUE
Lequel?
LE CAPITAINE ENNEMI
N'avez-vous pas compris?
Il faudrait, dès l'aurore, — Car, ce soir, il est trop tard, — il faudrait, Par les plus courts chemins de la forêt, Nous conduire au plateau qui domine la plaine.
DOMINIQUE, avec éclat.
Ça, jamais, capitaine !
LE CAPITAINE ENNEMI
Pourquoi?
DOMINIQUE
Je ne suis pas de ce pays, Mais mon libre choix m'en a fait le fils.
Ici, celle que j'aime est née.
Ici, lorsque sa main me fut donnée, De ce rêve accompli j'ai connu les douceurs.
Et, même pour sauver ma vie, Ce serait la pire infamie Que de trahir ces braves cœurs !
Non !
LE CAPITAINE ENNEMI
C'est bien réfléchi?
DOMINIQUE
Non !
LE CAPITAINE ENNEMI, insistanl.
Vous dites non?
DOMINIQUE
Mille Et mille fois non!
LE CAPITAINE ENNEMI, le regardant avec un vague sentiment de pitié.
Et pourtant...
DOMINIQUE, nettement, coupant court.
C'est inutile!
Ma vie est dans vos mains.
LE CAPITAINE ENNEMI
C'est bon! Vous serez fusillé demain!
(Il sort et enferme Dominique.)
SCEiNE V
DOMINIQUE, seul.
Il est allé lentement vers une fenêtre et il contemple la forCt.
Le jour tombe, la nuit va bercer les grands chênes. Un large frisson passe et la forêt s'endort. Elle exhale déjà sa lente et rude haleine. L'odeur puissante fume au ciel de pourpre et d'or.