ACTE DEUXIÈME
FRANÇOISE
Mais, prisonnier, lu ne peux rien pour nous! Et puis, ils le tueront, j'en suis sûre! Ah! pardonne Mes larmes, je ne vis plus que pour notre amour! Si lu meurs, je meurs à mon tour...
Le moindre retard le serait funeste, El tu dois m'obéir, si lu m'aimes.
DOMINIQUE
Je reste!
Je veux vivre où tu vis, ou mourir.
FRANÇOISE
Toi sauvé, Avant ce soir, je t'aurai retrouvé.
Tous deux, dans la forêt profonde, Nous irons à travers les taillis frissonnants,
Nous aimer en paix, loin du monde, Gardés par tes amis, les chênes de cent ans.
DOMINIQUE, vaincu.
Eh bien! j'obéirai... Mais cette sentinelle,
l'rès du ruisseau, comment nous débarrasser d'elle?...
Elle chante, écoute! .. Ah! quel chant doux et navré!
LA VOIX DE LA SENTINELLE, au dehors. LIED.
Mon cœur expire et moi j'existe.
Mon pauvre cœur est toujours fatigué.
L'amour qui part le laisse triste, L'amour qui vient ne le rend pas plus gai.
La joie est courte et le deuil est immense. Je n'attends rien du douteux avenir.
Ah! que plutôt jamais rien ne commence, Puisque, un jour, tout doit forcément finir.
38 LATTAUUE DL MOULIN
FRANÇOISE, regardant.
La sentinelle est seule...
Nos femmes, là, tout près, mettent les blés en meule. Je vais les retrouver... Dès que tu me verras, Descends!... Nous, alors, tandis que tu descendras, Nous parlerons à ce soldat, pour le distraire.
DOMINIQUE
Mais s'il me voit?
FRANÇOISE
A lui tu marcheras!
DOMINIQUE
S'il crie?
FRANÇOISE, prenant le couteau quelle a gardé et le lui donnant.
Eh bien, tiens ! tu le feras taire!
On entend de nouveau le lied de la sentinelle. Françoise disparait par la fenèlre Dominique reste seul, le couteau à la main.— Rideau.)