SCÈNE XV
KAREL
Tonnerre ! il nous vient épier !
l'officier.
Epier ! je suis Belg-e, et j'étais officier. Vous l'avez vu tantôt, dans l'armée ennemie. De l'honneur militaire, ah ! c'est là l'infamie ! Ses inflexibles lois m'enchainaient dans les rangs Où, frères, mon épée était à nos tyrans.
(d Jenneval, Hector et Karel.) N'avez-vous pas compris ici quelle torture SouiFre un homme, à ce long combat contre nature ? Voir son pays armé pour son droit, et servir Le maître qui s'en vient par nos mains l'asservir ! Voir se lever le jourde la libre patrie. Mais aux pieds étrangers la rejeter flétrie ! Voir le drapeau natal s'avancer au combat. Et tirer du fourreau le vil fer qui l'abat. Et lui porter ces coups dont les larges blessures Vous retombent au cœur en sanglantes morsures! Se sentir homme et Belge et se dire : Je suis Un sabre qu'un chef plonge au sein de mon pays ! Avec des pleurs de sang, avec la mort dans l'âme, J'étais traître à nos droits, de crainte d'être infâme .^^ Sous l'habit du soldat, je gardais, instrument De la honte du sol, l'honneur' de mon serment ! Parricide, en un mot, pour n'être point parjure !
LE CAPITAINE
Je ne soupçonne pas votre foi. Je le jure.
Ce langage, à coup sur, n'est pas d'un imposteur;
Mais cet habit non plus n'est pas d'un déserteur.
l'officier.
Et c'est la blouse aussi qui, Belge, me délie De ce serment où gît une âme ensevelie. Sous l'habit étranger tant que loyalement Ce fer put m'acquitter de l'odioux serment.
214 JENNEVAL
Soldat, j'aurai suivi le devoir sacrilège.
Mais quand, traîtreusement travesti pour un piège.
Sous cette blouse, il faut frapper la blouse, en vain
La discipline parle au citoyen, ma main
La rejette à mes pieds déchirée et flétrie.
Sous la blouse, je suis l'enfant de ma patrie
Et brise mon serment, comme elle, son tyran.
KAREL
Qui nous répond de vous?
l'officier.
Ma place au premier rang.
.lENNEVAL.
Celle-là, nul de nous ne la cède à personne.
Elle m'est due ici.
HECTOR
De quel droit?
l'officier.
Il m'étonne Qu'on me dispute ainsi ce droit bien acheté De montrer au combat pourquoi j'ai déserté.
le capitaine.
Camarade, un seul mot, et cette place est prête. Votre désertion a-t-elle été secrète?
l'officier.
Non. Elle eut pour témoins les trois cents Hollandais Que, par un ordre vil, moi Belge commandais, Attendant le moment sous leurs blouses fatales. Sur la mienne on peut voir les adieux de leurs balles.
LE capitaine. ,
Maintenant viendront-ils?
{Signe cf ignorance de i Officier)
C'est un doute infernal !