SCÈNE XVII
JENNEVAL
Oh! nous irons, bon père.
(7/ lui parle bas.) l'officier, regardant de la ruine le champ de bataille. Clairon, attention. A mon premier signal, Vous ferez retentir l'hymne national.
VICTOIRE
Mon papa, qu'est-ce donc?
LE PATRIOTE
Un piège que Dieu damne !
{Il se dirige^ avec Victoire, vers l'Officier.)
JEXNE VAL .
C'est un piège maudit, et cependant, Diane, C'est à lui que je dois ce moment sombre et beau De l'éternel adieu, sur le bord du tombeau !
DIANE
Ah ! qui dit que ce soit un adieu?
JENNEVAL
Quelque chose <3ui ne trompe pas, dont Fàme ignore la cause, Mais dont elle est saisie. Un avertissement Mystérieux au nom fatal : pressentiment. Me dit qu'en cet instant sonne une heure suprême Et pour notre Belgique aimée et pour moi-même, L'heure qui, sous les plis de l'étendard vainqueur, Verra l'ennemi fuir en me frappant au cœur. Je dormirai, ce soir, en paix loin de l'Orange.
DIANE
Oh ! la voix du destin, s'il nous parle, est étrange ! Je l'entends aussi.
Quoi?
DIANE
Non.
JENNEVAL
La mort peut venir,
218 JEX^■EVAL.
Si je dois vivre un jour en votre souvenir.
DIANE
Si tu meurs, tu mouras aux bras do la victoire. Et lavenir lira ton nom dans notre liistoire. Jenneval, tu vivras, tant qu'un peuple indompté Se souviendra du jour que ta Ijre a chanté ; Tu vivras dans ton hymne, après 1 heure guerrière Qui sonne le triomphe au bout de la carrière. Quel autre souvenir, si tu t'endors Vciinqueur, As-tu révé? celui qui vivrait en mon cœur! Non, tu ne mouiras pas, chantre de la patrie, Sans savoir qu'à la tienne elle attaciia ma vie, Et qu'en son laurier d'or ton nom enseveli Au tombeau de mon cœur ne craindra pas l'oubli : Et tu ne mourras pas qu'avec toi dans la tombe De moi jeunesse, amour et mémoire ne tombe ! Quel rêve avais-tu fait, splendide dans la nait, Qui ne se réalise au grand jour qui te luit? Poète, savais-tu qu'une femme inconnue, A l'heure, apparaîtrait? Poète, elle est venue. [lici montrant nue couronne .) Regarde le laurier tressé pour le soldat. Alors qu'il reviendra de son dernier combat!
l'officier.
Clairon, attention !
JE.N'NEAAL.
Dans son hymne suprême.
Voilà donc ton image, ô Liberté que j aime ! C'est toi qui, par la main de la plus lière enfam, Me montres le tombeau de la mort triomphant!
l'officier.
Clairon, êtes-vous prêt?
AicToiRE, à son père.
.l'ai peur.