ACTE I, SCÈNE IX
LUCILE
Combien en savons-nous, ô reines que nous sommes! Où ne soit notre empire un mensonge des hommes? S'il est dû par nos cœurs, mineurs devant la loi. Au bien-aimé seigneur obéissance et foi, Pour lui sous nos serments, son oreiller commode. Fleurit la trahison au parterre du Code, Afin qu'il soit bien dit, sous l'auguste vainqueur. Qu'il s'agit en hymen de tout, hormis le cœur ! Monsieur de Beloison est riche et gentilhomme? Beau parti! c'est ainsi que l'affaire se nomme. Qu'importe, quand le maître aura repris sa foi, La part que sa servante aura gardée au roi?
NmETTE.
Fût-ce le cas ici de nous venger d'un traître, L'autel du talion ne prendrait pas pour prêtre Un homme de cheval.
LUCILE
Et pourquoi, s'il vous plaît?
MINETTE
Je n'en veux à témoin que l'innocent poulet
Qui, dès l'aube au soleil de vos yeux qu'il invoque.
Veut amoureusement éclore de sa coque.
Dans cette poche-là vous le tenez meurtri
Et, ce soir, nous ferions de l'auteur un mari !
Ce jeune Beloison en nos mains resté vierge
Dit si l'hymen pour l'homme allumera son cierge !
LUCILE, lisant le billet tiré de sa robe. Folle, devines-tu ce qu'on m'apprend ici? Va, l'épreuve sera complète! Lis ceci.
MINETTE
De ces jambages-là l'air tout tremblé me choque. Que nous annonce-t-il?
LUCILE
Que George le provoque !
Ah! parjure, on vous tient!
(lisant) "Post-scriptum. " 0 ciel!
28 LE POINT D'nONNEUK.
NINETTE
Quoi?
Relève-t-il le gant ?
LUCILE
Pas sans gage de moi.
Il ne veut rien, dit-il, que de ma bouche même Ou de ma main signés ces trois mots : «Je vous aime. » Tout nous trahit!
Allons, j'ai pitié de vos maux.
Vous ne les direz point ces trois terribles mots. Vous n'avez, quant à vous, qu'à laisser la galère Gagner le cap Vengeance, au vent de ma colère...