‹ ThéatreChapitre 29 sur 183 · ACTE n, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE IV

Toi, Toi, pas mariée? oh!

LUCILE

Ce soir...

GEORGE

Pas mariée !

Va, de ta haine alors mon âme est effrayée ! Puisque tu ne l'es pas, et si tu pus un jour, Après six mois d'absence, au moment du retour, Toi-même, un jour entier, prolonger mon supplice. Quelle doit être alors la haine, ta complice? Pas une larme au moins dans ton regard moqueur! Oh! tu me hais donc bien? réponds.

LUCILE

De tout mon cœur.

GEORGE

Oui, je te crois. La foi ne m'est que trop facile. Mais c'est toi qu'à présent je défie, ô Lucile ! Si tu m'aimas un jour autant que je t'aimais. De me le faire croire, après cela, jamais !

LUCILE

Quand je vous donnerais ma main aujourd'hui même? Serait-ce pas encor la preuve qu'on vous aime?

GEORGE

Hélas ! je ne sais plus !

LUCILE

Vous saurez ce soir, mais A la condition unique que j'y mets.

Car, puisque nos amours vont doutant l'un de l'autre, Que ce jour voie à l'œuvre et le mien et le vôtre. Vous et moi, nous avons un rendez-vous fatal : Moi, j'attends mon notaire, et vous, votre rival. A l'heure où dans le sang vous tremperez l'épée. Moi, dans l'encre ma plume aussi sera trempée ;

40 LE POINT D'HONNEUE

A la même heure enfin chaque main signera,

La vôtre, une mort d'homme, et la mienne un contrat.

Or, sachez, jusqu'au bout si vous poussez l'affaire.

Qu'il ne reste au contrat que peu de chose à faire.

Le notaire, y mettant mon nom, aura laissé

Un autre nom en blanc : celui du fiancé.

Entre deux rendez-vous que votre cœur choisisse,

Averti qu'il faudra que le blanc se remplisse.

Si pour vous excuser votre cœur est trop grand.

Trop grand sera le mien pour laisser là le blanc ;

Devant le désaveu d'un cartel ridicule

S'il faut que votre honneur bien prévenu recule.

Vingt fois plus lâche encor mon amour paraîtrait,

S'il allait reculer devant un contrat prêt.

Et je n'en ferai rien. Mon choix suivra le vôtre;

Le blanc sera rempli par votre nom ou l'autre,

Et dussé-je mourir de votre trahison.

Je serai, s'il le faut, madame Beloison.

La situation, vous le voyez, est neuve;

Mais c'est vous qui du moins aurez voulu l'épreuve.

Retenez mon serment, le dernier que je fais :

Ou ce soir ou jamais !

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