ACTE in, SCÈNE IV
GEORGE
Avez-vous dit l'arme?
BELOisoN, à part. Oui, la botte me déplaît.
11 la sait mieux que moi.
{à Brisefer et Achille.)
Va pour le pistolet!
{bas, à Brisefer.) Brisefer, mon ami, chargeons avec prudence!
(à part, regardant du côté de la forêt.) Viendront-ils? Tout mon sang vers le cœur se condense.
GEORGE
Combien de pas, monsieur?
BELOisoN, à Brisefer
Monsieur, combien de pas?
GEORGE
Hâtons-nous. Ce détail ne les regarde pas. C'est à vous de parler.
BELOISON, à Brisefer Taisez-vous!
[à George.)
Vingt ou trente?
GEORGE, ironiquement.
Trente ?
BELOISON.
C'est peu ?
{aux témoins.) Messieurs, qu'on en mette quarante.
GEORGE
Est ce fait?
BRISEFER, monttxmt Achille. Qu'il mesure, et moi je chargerai.
{bas, à Beloison.) La balle dans celui que je vous donnerai.
ACHILLE
Nous sommes deux témoins : il faut tout faire ensemble. C'est le code du duel. Messieurs, que vous en semble?
68 LE POINT d'honneur,
GEORGE
Oh! que de compliments!
[Achille compte les j^cis, Brlsefer charge les armes.) BELOisoN, à part.
Effroyables apprêts !
[à George.) Quarante pas, monsieur, c'est peut-être bien près ! En voulez -vous cinquante? Il est temps encor... GEORGE, sortant de sa rêverie.
Qu'est-ce?
EELOisoN, à part.
Il a peur ! Ferme, allons ! '
GEORGE, à Achille.
Marcheras-tu sans cesse ?
BELOISON, à Brisefer.
Chargeras-tu toujours?
GEORGE
N'en finira-t-on pas?
BELOISON.
Ecoutons. Il me semble avoir ouï des pas !
ACHILLE, achevant de inesiirer le terrain. Trente-sept, trente-huit, trente-neuf et quarante.
[à Beloison.) La distance, monsieur, est assez rassurante.
BELOISON, à part.
Que ton maitro t'étrangle, ô valet de bourreau ! Tirons au sort.
GEORGE, p)renant le pistolet que lui donne Brisefer.
Eh ! bon !
BRISEFER, bas à Beloison en lui remettant tautre pistolet.
Il est sur le carreau !
Le sien n'est pas chargé : la balle et dans le vôtre.
BELOISON, bas, pâlissant.
Donne : je n'ai pas peur. Pourtant si c'était l'autre? [Les deux adversaires et les témoins prennent place.)