ACTE V, SCENE V
Que n'ai-je un tiroir à secret !
Dans ces salons qui, sans reproclies,
De filons me s'^mblent ornés.
On peut mettr' les mains dans mes poches
On n' les mettra pas dans mon nez.
{Il met le papier dans son faux nez.) URSULE,
Maintenant, vous êtes libre !..
^ASPASiE, à part.
C'est son adresse !
SAVOUREUX
Tiens !... cette voix!... ça m'a retenti...
ASPASIE
Qu'est-ce qu'elle vous a remis?
SAVOUREUX
C'est sa facture !... Mais oublions cette créancière maussade ! C'est avec vous, mon adorée, que je veux régler mes comptes.
ASPASIE
Vous ne me trouvez donc plus si laide, avec ce costume?
SAVOUREUX
Toi, laide !... toi! la mieux tournée des créatures!
ASPASIE
Savoureux, vous êtes un serpent... et, moi, je suis si faible...
SAVOUREUX
Faible ? tant mieux !
ASPASIE
D'abord, j'ai mal dîné... Je suis presque à jeun ! {^ pari.) Je sais qu'il n'a pas de monnaie.
Je la vois venir... et pas le sou.
ASPASIE
Je sens des défaillances !
SAVOUREUX, lui offrant une chaise.
Prenez cette chaise, ça vous soutiendra !
ASPASIE
Franchement ! j'aurais plus de confiance dans un perdreau.
SAVOUREUX, à part.
Ça creuse... Et il ne me tombera pas des alouettes!.... Je n'exige pas qu'elles soient rôties... mais qu'il m'en tombe! qu'il m'en tombe !
LE GARÇON TRAITEUR, entrant.* Monsieur ! quand vous voudrez, le souper est prêt.
* Aspasie, le Garçon traiteur, Savoureux.
SAVOUREUX
Le souper ?
ASPASIE
Ah ! farceur ! c'est une surprise que vous vouliez me faire... Allons ! vous êtes un homme qui sait vivre.
LE GARÇON
Faut-il servir ici, ou dans un cabinet ?
SAVOUREUX
Dans un cabinet, ça m'irait mieux !
LE GARÇON'
Alors, par ici î [Il ouvre la porte du cabinet de gauche.)
SAVOUREUX, à Aspasie.
Entrez toujours !... je n'ai pas commandé le dessert!
ASPASIE
J'entre!... [A part.) Mais je vais fermer la porte en dedans!