‹ ThéâtreChapitre 243 sur 381 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

# CHÂYIGNOL, TIBURCE.*

CHAVIGNOL, qui a suivi Irène jusqu'à la porte. On entend fermer le verrou. — Exaspéré.

C'est ça, elle se barricade... Me \oiià bien! Formez donc des projets de plaisir! Que va penser Bourrachard?

TIBURCE

Eh bien! monsieur, que dites-vous de cela?...

CHAVIGNOL , vivement.

Ce que j'en dis, monsieur !... Je n'ai pas voulu vous blâmer en présence de votre femme. . .

TIBURCE

Plaît-il?...

CHAVIGNOL.

Mais à présent que nous sommes seuls, et face à face... je vous dirai que vous avez tort!... Votre conduite est indigne !..

TIBURCE

En quoi donc, monsieur?

CHAVIGNOL.

En quoi?... Vous le demandez!... Forcer ma fille à se réfugier chez moi aujourd'hui!... Je ne vous pardonnerai jamais ça! [Il regarde ses provisions.)

TIBURCE

Mais, encore une fois, beau-père...

CHAVIGNOL.

Cette faible enfant que je vous avais confiée pour la rendre heureuse...

TiBURCE, impatienté.

Mais non pour lui passer tous ses caprices; c'est votre faute; TOUS avez mal élevé votre fille... C'est une enfant gâtée ! CHAViG-NOL , vivement.

Vous lui avez faussé le caractère ; elle a toujours été d'une humeur charmante avec moi.

TIBURCE, vivement. Parce que vous faisiez tout ce qu'elle voulait...

CHAVIGNOL , de même.

Allons donc, vous ne savez pas la prendre... Il faut savoir prendre les femmes...

TIBURCE, de même.

Vous me l'enseignerez.

CHAViGNOL, dignement.

Pourquoi pas! J ai été marié aussi, monsieur... avant vous et [Appuyant.) avant ma fille...

TIBURCE

Qu'est-ce que ça prouve ?

CHAVIGNOL.

Ce que ça prouve!...

TIBURCE. '

Mais vous alliez sortir; brisons là., et laissez-moi m'arranger avec ma femme... Après tout, je suis son mari, et...

CHAVIGNOL.

Et moi son père, monsieur...

TIBURCE

Je ne dis pas non ; mais...

CHAviG-NOL, vivement.

Vous ne dites pas non!... Ah ! ca serait charmant que vous vinssiez me dire...

TIBURCE, riant.

Eh! non, non!... Mon Dieu, ne nous fâchons pas,., ou nous serons encore ici tous demain matin.

CHAViGNOL, effrayé.

Ah ! diable !.. . vous avez raison, du^calme...

Je connais Irène ; elle m'aurait déjà cédé, si nous étions seuls, chez moi ; mais ici, et se sentant soutenue par vous, elle résistera !... Et si vous l'encouragez aujourd'hui... ce sera à recommencer à chaque nouveau caprice... à la plus légère contrariété...

CUAVIGNOL.

Vous croyez ?

TIBURCE

Jusqu'à ce que le pli soit pris... et je m'en charge...

CHAviGNOL, inquiet.

Vous faudra-t-il longtemps ? ^' ^^y

tSCÈKE IX. 17

TIBURCE

C'est selon... si vous ne m'entravez pas... Ah! si nous n'étions plus à Paris...

CHÀVIGNOL.

Comment!... me séparer...

TIBURCE

Oh! non... mais à quelque distance... Par exemple, cette place de receveur, à Mantes... pour laquelle vous deviez voir votre ami Prévalon, ce matin !

CHAVIGNOL.

Oui... oui... mais une affaire imprévue... une acquisition rurale...

TIBURCE, vivement.

Ah! beau-père, vous m'aviez bien promis... Songez donc... au lieu de me laisser végéter dans les bureaux... un bon emploi... à deux heures de Paris, par le chemin de fer. CHAVIGNOL, vivement.

Le chemin de fer... {Il tire sa montre et regarde ses provisions.)

0 TIBURCE

Le repos de mon ménage... le vôtre!

CHAVIGNOL.

Au fait!.... [U regarde sa montre.)

TIBURCE, regardant.

Voyez... c'est l'heure pour trouver votre ami au ministère... Pendant ce temps-là... je vais calmer Irène... je vous le garantis...

CHAVIGNOL.

Onze heures un quart... Je prendrai le convoi de midi... Allons!... [Il ôte son habit de campagne.) TIBURCE, avec joie.

Vous consentez?...

CHAVIGNOL.

Puisque c'est le seul moyen...* {Il prend son habit noir.) Allons, endossons la livrée du solliciteur... Moi, qui comptais tant m'amuser... Ayez donc des gendres!... {Il va à la fenêtre.) TIBURCE, frappant à la porte d'Irène.

Irène ! {Elle ne répond pas. — Avec dépit.) Quelle petite tête !

CHAVIGNOL, à la fenêtre, et regardant de tous côtés. Eh bien !... eh bien!... et ma voiture?... {Appelant.) Madame Brochet I {A lui-inême.) Voilà qui est fort, par exemple!.,. {Appelant.) Madame Brochet!

ié^ J'AI MAÉiÉ Ma fille.

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