‹ ThéâtreChapitre 260 sur 381 · EN UN ACTE, PAR · texte numérisé non relu

EN UN ACTE, PAR

MM. A DRCOUBCELLE, TH, BARRIERE çr JL, MORAND,

DISTRIBUTION BE LA PIÈCi:,

ANTl-NOR DUROSEAU . peintro jj. r^vel.

CONSTANTINE CAVALIER M'»e Cico.

ROSE BRIQUETTE, femme de chambre de Constantine. M'I^ Aline Ddval,

La scène est de ïjoî jours, à Paris,

Un 5alon. Au fond, deux portes; entre les deux portes, une cheminée avec une glace sans tain, derrière laquelle on aperçoit la salle à manger. Portes latérales à droite et à gauche, premier plan. Fenêtres à droite et à gauche, deuxième plan. A droite, premier plan, un bureau; à gauche, premier plan, un guéridon. Deux fauteuils près de la cheminée, et, de chaque côté, une panoplie moderne. Chaises près de la table et du guéridon.

SCENI] Z.

CONSTANTINE, ROSE, Constanline assise au fond etlisant; Rose (I la fenêtre de gauche.

CONSTAT UNE

Rien, toujours rien.

RObE, regardard au dehors.

Ah I voilà le général qui entre daus la cour des Tuileries. [Elle salue militairement ) Allons donc, tambours I [Ellefaitun geste de tambour-major ; puis, elle bal aux champs sur les car- 7'eaux, en s' accompagnant de la voix.) Plan, ranpîan, plan plan.

C0N5TAXTLNE.

Briquette!...

ROSE, sans V entendre.

Ahl voila le défilé qui commence. [Elle fredonne un pas accéléré.)

CONSTANTINE, plus fort.

Briquette!...

ROSE

Colonelt {Elle s'avance vers sa maîtresse, en marchant au pas.)

CONSTANTINE

Tu prendras chez mon libraire le dernier album d'Horace Vernet.

IlOSE.

Pourquoi donc faire ?

COXSTANTIXE.

J'y trouverai peut-être enfin le portrait de mon pauvre frère. Mon oncle nva assuré qu'il a été fait par un des peintres qui suivaient l'armée d'Afrique .. mais, lequel? voilà ce que j'ignore. {Elle reprend sa lecture.)

ROSE, regardant par-dessus S07i épaule.

Page 114... Comment, mademoiselle, vous êtes toujours au même passage? à la prise de Blidah.

* Rose, Constantine.

SCEINE I. 3

CO>'STANTIXE.

N*est-ce pas là...

ROSE

Que vous avez perdu votre frère, le capitaine Cavalier; et moi, mon second mari*, Bon-Taba, tirailleur indigène? Eh bien, oui, c'est la! et puis après?... ils ne sont pas morts du croup, n'est-ce pas? ils n'ont pas montré les talons?., ils ont recula chose en pleine poitrine... honneur aux braves!., un roulement!., et voilà !.. maintenant, donuez-moi le bouquin, et qu'il n'en soit plus question.

CONSTAÎS'TLNE.

Tu as donc oublié nos conventions?

ROSE

Oh! je sais bien... tous les jours, de dix heures à midi, je vous permets de donner un pleur au passé ; et, en revanche, vous consentez que, de midi h deux heures, je redevienne Briquette la vivandière; mais, si vous m'en croyez, mademoiselle, à partir de demain, nous en resterons là... vous ne lirez plus; et moi... je ne fumerai plus.

CONSTANTINE

Nous verrons.

ROSE, soupirant.

Ah! ce sera un fort sacrifice, allez! [Montrant une pipe turque.) Car, c'est tout ce qui me reste du passé et de mes deux époux.

Air de la Colonne.

Temps bienheureux des courses dans la plainel Où nous avions net' sac pour oreiller, Où le clairon, quand V jour s' levait à peine, A grand fracas venait nous réveiller ; A ton souv'nir j' sens mes yeux se mouiller. En vains regrets ma vie est consumée, Et je maudis mon repos chaque jour, Car de c' passé d' coups d' fusils et d'amour, Il ne m' reste que la fumée.

COXSTAXTINE.

Eh bien, réjouis-toi, ma fille [ car bientôt, peut-être, nous rentrerons sous les drapeaux.

ROSE, avec joie.

Mille tonnerres I

COXSTANTINE.

Eh! là-bas ! il n'est pas encore midi.

* Constsntine, Rose.

k TAMBOUR BATTANT.

ROSE

C'est juste, mademoiselle, je voulais dire : quoi! vous auriez

eu cette honnête pensée ?

CONSTANTINE

Je l'ai eue ; et c'est pour cela que je donne congé de ce logement; car le régiment de mon oncle part dans six semaines pour l'Afrique et nous partirons avec le régiment.

ROSE

Oh! mille noms... non! il n'est pas midi., ohl je pourrai donc rerevêtir mon pantalon, ma carabine et mon petit tonneau. [Elle montre à la panoplie les objets qu'elle nomme.) Et vous, mademoiselle, qui sait, peut-être que là-bas un petit hussard blond... ou un grand dragon brun...

CONSTANTINE

Oh ! jamais, par exemple !

ROSE

Je conçois ça, avec les militaires; il y a ça d'embêtant, c'est que ça n'est pas de durée,,, à preuve, mes deux vainqueurs : Ben-Voyou et Bou-Taba,., Enfin ! mais, d'un autre côté épouser uapékin.,.

CONSTANT! Ne,

Ni pékin, ni aiiliiaire,., jç m veux pagme mirier; les hom*' mes m'ennuient.

no^E.

Ah ! que je comprends ça !

CONSTAMINK,

Ils manquent d'imprévu... Ils sont tous les mêmes : et, si jamais j'en viens h aimer quelqu'un, c'est que ce quelqu'un-là ne ressemblera pas à tout le monde.

KOSE,

Mamzelle, j'en connais un, dans le train, qui a des yeux jau-»

nés et des cheveux verts.

CONSTANTINE

Je ne parle pas du physique; je parle des relations... et des

façons d'agir,

ROSE

Oui, mamzelle.

CONSTAXTIXE.

D'abord, s'il me faisait la cour, ça m'ennuierait, et je le mettrais à la porte ; et s'il avait ia prétention de m'oblenir sans me faire la cour... je l'y mettrais également.

ROSE

Oui, colonel.

Page 1