ACTE I, SCÈNE IIL
FÀDINABD.
Oui... elle me suit de loin.... dans huit fiacres... (Reprenant.) Parti ce matin à huit heures de Charentonneau...
VÉZINET.
Je viens d'apporter mon cad eau de noces... FADiNARD, lui Serrant la main.
C'est gentil de votre part... [Reprenant son récit.) Tétais dans mon cabriolet... je traversais le bois de Vincennes... tout à coup je m'aperçois que j'ai laissé tomber mon fouet...
VÉZINET.
Mon neveu, ces sentiments vous honorent.
FADINARD.
Quels sentiments!... Ah! sapristi! j'oublie toujours qu'il est sourd !... ça ne fait rien... [Continuant.) Comme le manche est en argent/'j'arrète mon cheval et je descends... A cent pas de la, je l'aperçois dans une touffe d'orties... je me pique les
doigts.
VÉZINET.
J'en suis bien aise.
FADIN'ARD.
Merci!... je retourne... plus de cabriolet!... mon cabriolet avait disparu !...
FELIX, redescendant.
Monsieur a perdu son cabriolet?...
FADl-VARD, à Félix.
Monsieur Félix, je caust; avec mon oncle qui ne m'entend pas... Je vous prie de ne pas vous mêler à ces épanchements de famille.
VÉZINET.
Je dirai plus : les bons maris font les bonnes femmes.
FADINARD.
Oui... turlututu !... ran plan plan !... Mon cabriolet avait disparu... Je questionne, j'interroge... On me dit qu'il y en a un ci'arrètéaucoindubois... J'y cours, et qu'est-ce que je trouve?... tlon cheval en train de mâchonner une espèce de bouchon de p;:jlle, orné de coquelicots... Je m'approche... aussitôt une voix d;' femme part de rallée voisine, et s'écrie : Ciel !... mon chapeau !... Le bouchon de paille était un chapeau !... Elle l'avait suspendu à un arbre, tout en causant avec un militaire... FÉLIX, à part.
Ah! ah! c'est cocasse !...
FADINARD, à Vézinet.
Entre nous, je crois que c'est une gaillarde...
VÉZIKET.
Non, je suisde Chaillot... j'habite Chaillot.
FADINARD.
Turlututu!... ran plan plan!...
VÉZINET.
Près de la pompe à feu ! ..;
6 UN CHAPEAU DE PAïîLE D'ITALIE.
Oui, c'est convenu !... J'allais présenter mes excuses à cette dame et lui offrir de payer le dommage, lorsque ce militaire s'interpose... une espèce d'Africain rageur... Il commence par me traiter de petit criquet!... sapristi!... la moutarde me monte au nez... et, ma foi, je rappelle beni-zoug-zoug !... Il s'élance sur moi... je fais un bond... et je me trouve dans mon cabriolet... la secousse fait partir mon cheval... et me voilà!... Je n'ai eu que le temps de lui jeter une pièce de vingt francs pour le chapeau... ou de vingt sous!... car je ne suis pas fixé... Je verrai ça, ce soir, en faisant macaisse... [Tirant de sa poche un fragment de chapeau de paille, onié de coquelicots.) Voilà la monnaie de ma pièce?...
vÉziNET, prenant le morceau de chapeau et Vexaminant,
La paille est belle!...
FADINARD.
Oui, mais trop chère la botte !...
VEZINET.
Il faudrait chercher longtemps avant de trouver un chapeau pareil... j'en sais quelque chose.
FÉLIX, qui s'est avancé et qui a pris le chapeau des mains de Vézinet.
Voyons?...*
FADINARD.
Monsieur Félix, je vous prie de ne pas vous mêler à mes épanchements de famille...
FÉLIX
Mais, Monsieur!...
FADINARD.
Silence, maroufle!... comme dit l'ancien répertoire [Félix remonte.)
Dites donc... à quelle heure va-t-on à la mairie?
FADINARD.
A onze heures !... onze heures !... [Il montre avec ses doigts.)
VÉZINET.
On dînera tard... j'ai le temps d'aller prendre un riz au lait .. vous permettez?... [Il remonte.)**
FADINARD.
Comment donc!... ça me fera extrêmement plaisir...
VÉZINET, revenant à lui pour T embrasser. Adieu, mon neveu!...
FADINARD.
Adieu, mon oncle... [A Vézinet, qui chercher à remhrasscr.) Hein?... quoi?... Ah! oui... c'est un tic de famille. [Se laissant embrasser.) Là!... [A part.) Une fois marié, tu ne me pinceras pas souvent à jouer à ça... non... non...
' Félix, Vézinet, Fadinard.
*' Fadinard, Vézinet, Félix (au fond).