‹ ThéâtreChapitre 289 sur 381 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ANAIS, FADTNARD, EMILE, en costume d'officier. La porte s' ou'^ vre; on voit en dehors une dame sans chapeau et un officier,

ANAïs, à Emile.

Non, monsieur Emile,., je vous en prie...

EMILE

Entrez, Madame; ne craignez rien. [Ils entrent.)

FADiNARD, à part.

La dame au chapeau et son Africain !... Sapristi !

ANAïs, troublée^ Emile, pas de scandale !

EMILE

Soyez tranquille!... je suis votre cavalier... {A Fadinard.) Vous' ne comptiez pas nous revoir sitôt. Monsieur?... FADINARD, avcc un souvire forcé.

Certainement... votre visite me flatte beaucoup... mais j'avoue qu'en ce moment... [A part.) Qu'est-ce qu'ils me veulent?...

EMILE, brusquement.

Offrez donc un siège à Madame.

FADINARD, avançant un fanteuil.

Ah ! pardon... Madame désire s'asseoir?... je ne savais pas... [A part.) Et ma noce que j'attends... {Anaïs s^asseoit.) * EMILE, s' asseyant à droite.

Vous avez un cheval qui marche bien. Monsieur.

FADINARD.

Pas mal... Vous êtes bien bon... Est-ce que vous l'avez suivi à pied ?

• Anaïs, Fadinard, Emile.

ifCTE I, SCÈNE V; 9

EMILE

Du tout, Monsieur; j'ai fait monter mon brosseur derrière ■votre voiture...

FADINARD.

Ah! bahî... Si j'avais su!... [A part.) J'avais mon fouet...

EMILE, durement.

Si vous aviez su?...

FADINARD.

Je l'aurais prié de monter dedans... [A part.) Ah ! mais... il m'agace, l'Africain !

AN AÏS.

Emile, le temps se passe, abrégeons cette visite.

FADINARD.

Je suis tout à fait de l'avis de Madame... abrégeons... {A part.) J'attends ma noce.

EMILE

Monsieur, vous auriez grand besoin de quelques leçons de savoir vivre.

FADINARD, offeusé.

Lieutenant ! {Emile se lève. Plus calme.) J'ai fait mes classes...

EMILE

Vous nous avez quittés fort impoliment dans le bois de Vincennes.

FADINARD^

J'étais pressé..;

EMILE

Et vous avez laissé tomber par mégarde, sans doute... cette petite pièce de monnaie...

FADINARD, la prenant.

Vingt sous!... tiens! c'était vingt sous!... Eh bien! je m'en doutais... [Fouillant à sapoche.) C'est une erreur. ..je siiis lâché que vous ayez pris la peine... {Lui offrant une pièce cCor.) Voilà !

EMILE, sans la prendre.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

FADINARD.

Vingt francs, pour le chapeau ..

EMILE, avec colère ^i Monsieur!..;

àNAïs, se levant, Emile!

EMILE

C'est juste ! j'ai promis à Madame de rester calme...

FADINARD, fouHlant ch 720t/i-:'au à sa poche. J'ai cru que c'était le prix... Est-ce tiois francs de plus?... Je ne suis pas à ça près.

e'mile.

11 ne s'agit pas de ça, Monsieur... Nous ne sommes pas venus ici pour réclamer de l'argent.

Id UN CHAPEAU DE PAILLE D'ITALIE.

FADiNAiiD, très-étûiiné.

Non?... Eh bien!... mais, alors... quoi?...

EMILE

Des excuses, d'abord, Monsieur... des excuses à Madame.

FADINAKD.

Des excuses, moil ..

ANAÏS

C'est inutile, je vous dispense...

EMILE

Du tout, Madame ; je suis votre cavalier...

FADINARD.

Qu'à cela ne tienne, Madame... quoique, à vrai dire, ce n© soit pas moi personnellement qui aie mangé votre cbapeau... et encore, Madame... ètes-vous bien sûre que mon cheval n'était pas dans son droit, en grignottant cet article de modes ?

EMILE

Vous dites?...

FADÎXARD.

Ecoutez donc!... Pourquoi Madame accroche-t-elle ses chapeaux clans les arbres?... Un arbre n'est pas un champignon, peut-êlre !... Pourquoi se promène-t-elle dans les forêts aveo des militaires?... C'est très-louche, ça, Madame...

ANAÏS

Monsieur!...

^MiLE, avec colère.

Que voulez-vous dire ?

ANAÏS

Apprenez que M. Tavernier...

FADINARD.

Qui ça, Tavernier?

EMILE, brusquement»

C'est moi, Monsieur !

ANAÏS

Que M. Tavernier... est... mon cousin... Nous avons été élevés ensemble...

FADiNARD, à part.

Je connais ça... c'est son Bobin.

ANAÏS

Et si j'ai consenti à accepter son bras... c'est pour causer de son avenir... de son avancement... pour lui faire Ce la morale...

FADiNÂliD.

Sans chapeau?...

EMILE, soulevant une chaise et en frappant le parquet avec colère.

Morbleu!...*

ANAÏS

Emile !... pas de bruit !...

* Anaïs, Emile, Fadinard.

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