SIMON
Des songes enivrants, — illusion amère! —
M'apportaient, cette nuit, limage de ma mère.... Tous les êtres que j'aime ont bercé mon sommeil. Mais je les cherche eu vain, hélas! à mon réveil!.. Pauvre mère! malgré ses pleurs et ses prières, Je suis parti, j'ai pris mes armes meurtrières, J'ai voulu me mêler au flot toujours croissant, Et faire à mon pays l'offrande de mon sang. .]e suis tombé... Là-bas, tout citoyen qui tombe Mesure de son corps la place de sa tombe... Ma mère ! .. . Et je mourrai sans que sa douce voix M'ait appelé : a Mon fds! » pour la dernière fois...
Quel étrange destin ! La ville souveraine Semblait avoir conquis sa couronne de reine,
Et ce grand peuple, fier de sa fraternité,
Savourait à longs traits sa jeune liberté.
Tout était joie, espoir, triomphe ! ... —Un bruit sinistre
Éclate tout à coup sous l'hôtel du ministre ;
Le plomb siffle ; tout tombe ; enfants, femmes, vieillards,
Égarés et tremblants fuient sur les boulevards,
Et bientôt on ne voit à cette place vide
Que le hautain profil de l'hôtel homicide.. .
Alors, une clameur, faite de mille cris.
Naît, s'enfle, et monte au cœur de notre grand Paris :
Vengeance! — On a compté le nombre des victimes.
L'enfant s'arme et grandit. — Colère, ardeurs subhmes!
— Le vieillard se redresse, et devant les bourreaux
A surgi tout à coup un peuple de héros!...
Je venais de tomber. Ma paupière voilée
Déjà ne vovait plus la hideuse mêlée ;
Mon front touchait le sol, morne, sombre, pensif.
Lorsque je m'éveillai, je m'éveillai captif!...
Captif!... Je renaissais, le cœur plein de courage, M' épuisant en longs cris d'impuissance et de rage, Et mordant les liens qui déchiraient mes bras... Je demandais une arme et je n'en trouvais pas !.. .
Oh ! que s'est-il passé dans ces heures si lentes?
h LE 24 FÉVRIER.
Paris est-il vainqueur?... à nos portes sanglantes Le soldat ennemi veille-t-il ? Et chez nous IN'a-t-on pas insulté nos mères à genoux? Le peuple qui combat d'accepté point de trèye : Nos frères sont-ils morts?
Peut-être était-ce un rêve...
Pendant qu'ils m'entraînaient, de funèbres éclairs Sillonnaient par instants les boulevards déserts... Je regardais. Je vis à travers la nuit sombre La haute barricade apparaître dans l'ombre... Une, — • puis deux, — puis trois...
Avec explosion.
Des milliers de remparts Qui du sol jaillissaient, armés, de toutes parts. Les pavés se mouvaient, la colère publique Aux pierres commandait comme la lyre antique... Et derrière, aux reflets des rapides lueurs, Les rangs silencieux de nos frères vengeurs...
Ah! ce pouvoir était lâche, menteur, im}3ie : Ses forfaits, entassés, il faut qu'il les expie. De la liberté sainte enfin le jour a lui ! Les esclaves d'hier sont les rois d'aujourd'hui...
Jl se presse le front.
Mais que dis-je ! c'est moi qui suis lou ! Leurs colères
Ont éprouvé déjà les forces populaires...
Le peuple fait horreur à ceux qui l'ont trahi. . .
Ils sont maîtres encor de Paris envahi,
Et poussés par la peur, à deux pas de l'abîme,
Ils n'hésiteront pas devant un nouveau crime.
Bruit de fusillade. Il se lève.
Ah ! je l'avais bien dit !.. . je veux ! , . . dernier effort. . . Une arme ! . . . Quel silence ! . . . un silence de mort ! . . . Mais le feu recommence... on égorge nos frères...