‹ ThéâtreChapitre 59 sur 381 · STROPHES · texte numérisé non relu

STROPHES

Nous étions un peuple de frères, Résigné, courageux et fort, Nous combattions comme nos pères Au vieux cri de victoire ou mort..

La trahison qui nous décime iSe nous a jamais vus pâlir ; Les bourreaux craignent la ^^ctime Qui sait si bien vivre et mourir...

Ce que nous voulions tous, c'était la République, Écartant à la fois de son geste tragique,

Esclaves et rois détrônés ; C'était la France, enfin, tranquille dans sa gloire. Scellant par le pardon sa sublime victoire,

Aux yeux des peuples étonnés.

Ce que nous voulions tous, c'était la République,

La fille de la Paix, la vierge symbolique

Au front calme, à l'œil radieux, La belle vision, douce, fière, sereine.

Amenant la Concorde et la Liberté reine,

La liberté qui vient des cieux !

Oh ! c'était la Justice, et c'était la Clémence! Nous voulions relever par un bienfait immense.

Les déshérités d'ici-bas; Nous voulions arrêter d'un bras ferme et propice Le monde, trébuchant au bord du précipice.

Dès long temps creusé sous ses pas...

Nous voulions... mais qu'importe! on nous a vaincus...

[Ragel...

Et moi, je suis là, seul ! — qui parle de courage ! Celui qui tombe est lâche, et nous n'avons rien fait ! ... Nous mourons, écrasés, sous leur dernier forfait 1... Il faut se relever...

Il fait un effort.

Pour combattre ! . . . oh ! peut-être ! . . . Si je pouvais, mon Dieu ! briser cette fenêtre ! . . . // secoue les barreaux avec frénésie ; puis il s* arrête ,

regarde et recule épouvanté.

Nos frères ! ... Ils sont morts ! . . . Des cadavres ! ... 0 ciel !

Tu n'es pas un vain nom ! Et l'œil de l'Éternel

Ne peut pas se voiler devant ce noir abîme Où l'aveugle bourreau fait tomber sa victime ! . . .

Il se laissa tomber.

Ce sont eux ! . . . Les soldats ! ... oh ! je les attendrai Sans crainte.

// se relève.

Le front haut, en face. — Je saurai Braver, ferme et debout, le fer qu'on me destine. Et je mourrai, les bras croisés sur ma poitrine!

On entend un grand fracas au deliors, tambours, etc. Il se pose, les bras croisés, en face de la fenêtre, comme pour recevoir le coup mortel. — Changement à vue. — La scène représente un coude dé rue avec une barricade et un drapeau, — Foule qui chante un couplet du chant du départ. — Au milieu de la foule une femme parait en costume antique, avec un casque. Elle est appuyée sur une lance et chante :

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