ACTE I, SCENE
SAVOUREUX
Ah ! tu es naquis ?... Dis donc, je suis enrhumé, j'aurais besoin d'en prendre une bavaroise. {Il lui prendla taille.)
LA BAVAROISE
Eh bien ! vous entendez, marazelle?
SAVOUREUX
Bah ! VOUS étiez là, mamzelle Mariette?
MARIETTE
Mais oui, je vous écoutais !...
savoreux.
Ah ! je suis fâché que vous étiez là î... *
MARIETTE
Vous êtes bien heureux vous, monsieur Savoureux , d'être amourenx de toutes les femmes !
SAVOUREUX
Oh! pas de toutes !.,. Je n'en préfère qu'une... à preuve que nous allons allumer ensemble les torches de l'hymen !
MARIETTE
Une fois mariés, vous me conduirez au bal, n'est-ce pas ?
SAVOUREUX
Nous danserons sur la tête ! moi... pas vousl...
MARIETTE
Au surplus, rien n'est fait encore... d'abord votre oncle de Bretagne ne donne pas de ses nouvelles.
SAVOUREUX
Je partage votre impatience, mamzelle Mariette.
Mon impatience ? Je n'en ai aucune!
SAVOUREUX
C'est égal, je la partage ! Mais, voyez-vous, mon oncle n'a pas son pareil dans les quatre parti'îs... c'est un maniaque, un lunatique. Je le ménage parce qu'il est mon parent... Vous savez que je lui ai écrit touchant notre mariage ?
MARIETTE
Papa aussi... et il n'a pas répondu, ce qui est très-malhonnête.
SAVOUREUX
Vous n'êtes pas au bout, je gagerais qu'il va nous tomber ici un beau matin en costume de sauvage.
LA BAVAROISE
Sauvage?... avec des plumes sur la tête? * Mariette, Savoureux, la Bavaroise.
SAVOUREUX
Non, sans plumes!.. A vez-vous vu quelquefois des Bretons vêtus de leurs fripes nationales ?
MARIETTE
Jamais.
SAVOUREUX
Mon oncle n'en porte pas d'autres... Il se croit superbe avec ça... Mais le fait est qu'il a l'air d'un singe qui a des peines de cœur.
LA BAVAROISE
Il doit être drôle !
Je le ménage parce qu'il est mon parent, mais il est affreux!... et c'est sous cette enveloppe cocasse qu'il a débarqué à Paris il y a dix-huit mois... îl venait censé pour me serrer dans ses bras... Mais son voyage avait un but plus élevé, c'était de voir la colonne... et autres monuments... Il comptait sur moi pour grimper avec lui, sur toutes les tours, sur toutes les plates-formes. . .et sans son costume, j'aurais peut-être accompli cette gymnastique... Mais je me suis dit : Voyons... si je sillonne les rues de Paris QCcoUé à cette bête curieuse tous les gamins vont se ruer à nos trousses... Je suis peu jaloux des ovations populaires. . et pour échapper à cette gloire j'ai pris un moyen mixte.
MARIETTE
Vous vous êtes caché ?
SAVOUREUX
Non,..
LA BAVAROISE
Vous êtes parti pour Alger?..
SAVOUREUX
Est-elle bête!., je me suis donné une entorse!., une fourberie de neveu!., quinze jours de compresse et d'eau-de-vie camphrée... et la jambe roide comme un pieu sur une chaise... C'est un travail; mais mon oncle s'est promené tout seul !
MARIETTE
Il s'est peut-être douté de la chose, et il peut vous en garder rancune...
SAVOUREUX
Oh ! que non !.. En Bretagne on croit encore aux entorses !... Mon oncle s'appitoyait sur mes douleurs... après quoi il allait se montrer gratis dans tous Paris où il a obtenu un succès flatteur!., les recettes des théâtres baissaient tous les jours ou ne savait pas pourquoi... c'était mon oncle qui errait!