‹ ThéâtreChapitre 66 sur 381 · ACTE I, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE

SAVOUREUX

Ah ! tu es naquis ?... Dis donc, je suis enrhumé, j'aurais besoin d'en prendre une bavaroise. {Il lui prendla taille.)

LA BAVAROISE

Eh bien ! vous entendez, marazelle?

SAVOUREUX

Bah ! VOUS étiez là, mamzelle Mariette?

MARIETTE

Mais oui, je vous écoutais !...

savoreux.

Ah ! je suis fâché que vous étiez là î... *

MARIETTE

Vous êtes bien heureux vous, monsieur Savoureux , d'être amourenx de toutes les femmes !

SAVOUREUX

Oh! pas de toutes !.,. Je n'en préfère qu'une... à preuve que nous allons allumer ensemble les torches de l'hymen !

MARIETTE

Une fois mariés, vous me conduirez au bal, n'est-ce pas ?

SAVOUREUX

Nous danserons sur la tête ! moi... pas vousl...

MARIETTE

Au surplus, rien n'est fait encore... d'abord votre oncle de Bretagne ne donne pas de ses nouvelles.

SAVOUREUX

Je partage votre impatience, mamzelle Mariette.

Mon impatience ? Je n'en ai aucune!

SAVOUREUX

C'est égal, je la partage ! Mais, voyez-vous, mon oncle n'a pas son pareil dans les quatre parti'îs... c'est un maniaque, un lunatique. Je le ménage parce qu'il est mon parent... Vous savez que je lui ai écrit touchant notre mariage ?

MARIETTE

Papa aussi... et il n'a pas répondu, ce qui est très-malhonnête.

SAVOUREUX

Vous n'êtes pas au bout, je gagerais qu'il va nous tomber ici un beau matin en costume de sauvage.

LA BAVAROISE

Sauvage?... avec des plumes sur la tête? * Mariette, Savoureux, la Bavaroise.

SAVOUREUX

Non, sans plumes!.. A vez-vous vu quelquefois des Bretons vêtus de leurs fripes nationales ?

MARIETTE

Jamais.

SAVOUREUX

Mon oncle n'en porte pas d'autres... Il se croit superbe avec ça... Mais le fait est qu'il a l'air d'un singe qui a des peines de cœur.

LA BAVAROISE

Il doit être drôle !

Je le ménage parce qu'il est mon parent, mais il est affreux!... et c'est sous cette enveloppe cocasse qu'il a débarqué à Paris il y a dix-huit mois... îl venait censé pour me serrer dans ses bras... Mais son voyage avait un but plus élevé, c'était de voir la colonne... et autres monuments... Il comptait sur moi pour grimper avec lui, sur toutes les tours, sur toutes les plates-formes. . .et sans son costume, j'aurais peut-être accompli cette gymnastique... Mais je me suis dit : Voyons... si je sillonne les rues de Paris QCcoUé à cette bête curieuse tous les gamins vont se ruer à nos trousses... Je suis peu jaloux des ovations populaires. . et pour échapper à cette gloire j'ai pris un moyen mixte.

MARIETTE

Vous vous êtes caché ?

SAVOUREUX

Non,..

LA BAVAROISE

Vous êtes parti pour Alger?..

SAVOUREUX

Est-elle bête!., je me suis donné une entorse!., une fourberie de neveu!., quinze jours de compresse et d'eau-de-vie camphrée... et la jambe roide comme un pieu sur une chaise... C'est un travail; mais mon oncle s'est promené tout seul !

MARIETTE

Il s'est peut-être douté de la chose, et il peut vous en garder rancune...

SAVOUREUX

Oh ! que non !.. En Bretagne on croit encore aux entorses !... Mon oncle s'appitoyait sur mes douleurs... après quoi il allait se montrer gratis dans tous Paris où il a obtenu un succès flatteur!., les recettes des théâtres baissaient tous les jours ou ne savait pas pourquoi... c'était mon oncle qui errait!

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