‹ ThéâtreChapitre 74 sur 381 · ACTE I, SCENE VU · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VU

LA BAVAROISE

Dam !.. il me semble que trente francs ?

ASP ASIE.

Trente francs !.. c'est trop cher, ma petite, beaucoup trop cher. Pensez donc, trente francs! Après ça il est juste de ma taille... et si nous pouvions nous arranger... car je vais aussi au bal masqué moi... et les débardeurs, c'est si commun !... mais trente francs

Ah bah! j'en fais la folie! quand je vous marchanderais

pendant une heure... {Elle lui donne de l'argent.) LA BAVAROISE, à part.

Fameuse affaire que je fais là... [Eaut.) Madame veut-elle autre chose? Je dis madame... c'est peut-être mademoiselle?

ASPASIE

Vous pouvez dire les deux, ma petite... j'appartiens à ces deux classes.

LA BAVAROISE

Vous?

ASPASIE

Sage-femme et femme sage, sans calembour... Parce que dans notre état on connaît les hommes, on s'en défie un peu, de ces brigands d'hommes; ouatant d'exemples sous les yeux, et je pourrais vous raconter des sinistres... Au surplus, ma petite, si vous avez jamais besoin de mes services...

LA BAVAROISE

Moi ! par exemple !.. Je suis une honnête fille, entendez-vous!

Oh ! il ne faut pas le prendre si haut. On est honnête ! ... et on a des malheurs... Du reste, si ce n'est pas pour vous, c'est pour vos connaissances... Je prends des pensionnaires à 25 francs pour neuf jours tout compris; ma maison est très-achalandée, car^ Dieu merci, je n'ai pas trop à me plaindre, malgré le conflit des événements,

Air ; Halte-là!

En tous lieux j'entends, ma chère, Dire : Ça ne va pas bien...

Je vois qu'on n'achète guère, Et je vois qu'on ne vend rien.

Oui, chacun économise.

On se restreint tous les jours.

Au milieu de cette crise, Le commerce des amours Va toujours, Va toujours !

Le commerce va toujours 1

LA BAVAROISE

Enfin, madame, avez- vous besoin de quelque chose, oui ou non?

ASP ASIE.

C'est juste ! j'oubliais!

LA BAVAROISE

Qu'est-ce quHl faut vous servir ?

ASPASIE

Une langue !... une langue bien conditionnée!

LA BAVAROISE, à part. * Comme la sienne alors. {La servant.) Voilà, madame.

Merci ma petite, bien obligée! Vous porterez ça sur le compte de monsieur Flambart, mon tuteur... il a une note chez vous.

LABAVAROISE.

\otre tuteur?...

ASPASIE, riant.

Oui !... je suis en tutelle !.. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit... Tenez, voici mon adresse!.. [Elle lui donne sa carte.)En. cas de besoin, on ne sait pas ce qui peut arriver, voyez-vous, on ne le sait pas. Au revoir, ma petite. {Elle sort.)

Page 1