ACTE I, SCE^E IL
RlCdELlBU.
Je refuse.
Mais, monseigneur..
FLORINE
RICHELIEU
Je refuse. Tu me promènes... je le promènerai.
FLORINE
Monseigneur, encore cette grâce...
RICHELIEU
Point... en voila vingt que je t'accorde... je ne t'en demande qu'une, et...
FLORIXE.
Monseigneur, je vous supplie de m'écouter...
RICHELIEU
Je ne t'écouterai pas! tu es un monstre d'ingratitude... Comment! tu m'arrives d'Italie, il y a dix -huit mois : tu veux débuter à l'Opéra en qualité de chanteuse... je remarque que tu avais la voix mauvaise... et la jambe belle... je te fais danseuse avec trois mille écus d'appointeuients... Je te mets dans la salle un régiment pour appuyer ion début, et quel régiment!... des hommes qui avaient pris Mahon !... tu as un succès diabolique... Depuis, il n'y a pas de faveurs dont je ne t'aie comblée... jusqu'à te livrer sans condition l'entrée secrète de mon pavillon... et tu ne t'humanises pas ! La peste ! ce sont des mœurs de sauvage que cela, ma toute belle !
FLORINE, gaiement.
Monseigneur, je vous requiers humblement...
RICHELIEU
Mais enfin songe, mon enfant, que toute cette sagesse-lb est un jeu de dupe. On sait que je te protège... On ne croira jamais... Quand en est sage, c'est pour qu'on le croie : si on ne le croit pas... à quoi bon?
FLORINE
De grâce, Monseigneur...
RICHELIEU
Ecoute... je veux faire encore plus pour toi... mais j'espère qu'après cela nous réglerons, hé?... Je veux te donner quelque chose qui se porte beaucoup à l'Opéra cette année.
FLORINE
Quoi donc?
RICHELIEU
Un mari... Oui, je veux te faire épouser trois cent mille hvres de revenu.
FLORINE
Qui s'appellent ?
RICHELIEU
Trois cent mille livres de revenu ! ... cela s'appelle comme cela peut!... est-ce qu'on s'en informe?... Cela s'appelle, par exemple, M. Château d'Asnières.
M. Château? Qui est-ce "^
RICHELIEU
Ohl rien... un bourgeois que j'ai, un de nos riches financiers... Comu.ent ne connais-tu pas mon admirateur fanatique ? Eh mais! cela fait la fable de la cour... C'est lui qui fait brûler, nuit et jour, je ne sais quoi devant ma statue qu'il a chez lui... C'est une manie... il m^ joue de petites niches galantes... comme de payer mes dettes à la sourdine... cela le ravit et moi aussi. En retour, je lui permets de me contempler un m urient tous les jours... Je m'étonne qu'il ne soit pas ici... Comme il n'a rien, le cher homme, qui ne soit à moi... tu comprends que... Enfin, je veux que tu suis sa femme !
FLORINE
Monseigneur... je n'ai pas le loisir de m'occuper de mes affaires en ce moment... je...
RICHELIEU, V interrompant.
Tu seras sa femme, te dis-je .. Madame Château, parbleu !... Vous ne vous ctes pas encore vus, il est vrai... mais il m'aime... toi, tu m'aimes aussi... c'est un mariage d'inclination.
FLORIXE.
Mais, monseigneur, je ne vous aime pas.
RICHELIEU
Allons! allons! et h qui diantre, en ce cas, en veulent les visites dont tu m'honores deux ou trois fois la semaine? Tu m'aimes, te dis-je, et puisque (u m'aimes, à quoi bon te... brider comme tu fais ?
FLORINE, riant.
Monseigneur, je ne me bride point.
RICHELIEU
Tu te brides!... ne voila-t-il pas qu'elle s'en défend comme d'un meurke?
Monseigneur... une fois pour toutes... je vous déclare que je vous aime de tout mon cœur et avec tout le respect possible... mais jamais je ne vous aimerai... ni plus... ni aulremect... [Ap' puyant.) Je ne le veux ni ne le puis... m?i!iitenant...