ACTE II, SCENE XL
BLAiSE, marchant en avant, à gauche.
Par ici, suivez-moi...
FRONSAC, à part, et en se mettant dans le brancard de la chaise.
Le parc est grand... la nuit tombe... je vais jouer à cachecache, moi ! (// enlève la chaise, la laisse tomber, et se sauve à travers les arbres , à droite.)
RENÉ
Eh ! camarade ?... Qu'est-ce qu'il fait?... {Ilvientvoir.) Parti i 11 a raisoQ... ma foi... Sauve qui peut! [Il disparaît à gauche.) BLAisE, rentrant.
Eh! la-bas!...
RICHELIEU
Eh bien î à quoi s'amusent ces drôles? (// sort de la chaise.) Personne!... Ah! en ce cas-là, je ne sors plus d'ici! quand il irait de la Bastille une fois de plus !
BLAisR, s'approchant.
Tiens! où sont-ils donc les porteurs?
RICHELIEU
Envo'és, mon garçon. . . et du côlé de vos espaliers, probablement.
BLAiSE. Il prend sa fourche.
Ah ! les brigands! que je perde mon nom de Biaise si je ne prends pas leur mesute avec le manche de ma fourche !
RICHELIEU
C'est cela, bonne idée, mon ami Biaise; allez prendre leur mesure, je trouverai bien la porte sans vous.
BLAISE
Ah! non pas, vous m'avez l'air d'un malin, vous, et il faut d'abord que je vous mette dehors. D'ailleurs la porte est fermée à double tour.
RICHELIEU
Et vous avez la clef, au moins ?
BLAlSE.
Oui , oui , marchons !
RICHELIEU
Vous êtes sûr d'avoir la clef ?
BLAiSE , la montrant dans la poche de sa veste. Pardi , la v'ià !
RICHELIEU
Vous avez tort de la mettre dans cette grande poche ; on pourrait vous la prendre très-aisément.
BLAISE
Il n'y a pas de risque , venez.
iO LA VIEILLESSE DE RICHELIEU.
RICHELIEU
Je vousassure qu'on vous la prendrait très-aisément. {Illaisse tomber deux ou trois pièces d'or.) Qu'est-ce que je perds donc là? BL.usE, se baissant.
Ah ! les jolies semailles î
RICHELIEU , prenant la clef dans la poche béante. [A part.) Je ne la vole pas, je l'achète. [Haut.) Gardez, mon garçon , gardez pour votre peine, et partons ; je suis très-pressé.