‹ ThéâtreChapitre 256 sur 462 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

scxszn: v.

JULIO, CARLOTTA, masquée, JULiOj à part.

Le cœur me bat... A tout prix, il faut m'assurer...

CARLOTTA, à part.

L'allée de Diane... Je me suis perdue... ces jardins sont si grands! Impossible de m'y retrouver...

JULIO, se trouvant près d'elle.

Vous cherchez quelqu'un, beau masque?

CARLOTTA, à part.

Le seigneur Julio!... {Haut, troublée.) Oui... c'est-à-dire... non... Don, monsieur. Je passais...

JL'Lio, Varrêtant, Ne vous en défendez pas... et ne m'enlevez point, en fuyant, l'occasion que j'attendais...

CARLOTTA, étoiinée.

Quelle occasion ?

JULIO

Celle de vous parler de moi, de ma reconnaissance.

CARLOTTA, SB récriant.

Comment, de votre reconnaissance !

JULio, tenant sa main.

Mon cœur vous a devinée... Oui, la voilà, cette charmante petite main qui écrit d'une manière si ravissante... CARLOTTA, à part.

Qu'est-ce qu'il dit?

JULIO

Et dont chaque mot (Caimanf.) Voyons, n'avez-vous pas

là... quelque chose à me remettre? Un nouvel échantillon de cette écriture adorée !

CARLOTTA, à part.

Ma foi !... [Tirant un papier de sa poche. Haut.) Je voulais vous l'envoyer... Mais puisque ça se trouve... JULIO, prenant le papier.

C'est elle... Ah! donnez... [le couvrant de baisers) que je couvre de baisers ces caractères chéris ! quels que soient les ordres qu'ils contiennent... [Il Va ouvert et lit avec émotion.) «iNote de la fourniture de gants... faite au seigneur Julio d'Al- » mafi... » Hein?

CARLOTTA , se démasquant.

« Par la signora Carlotta Zannooi. » C'est votre facture que mon mari m'avait grondée de ne pas vous avoir donnée.

18 LES BIJOUX iMJISCRETS.

JULIO, stupéfait.

CarloUal

PASCARiELLO, Hant aux éclais sans ître vu. Ha ! ha ! ha !

CARLOTlA , effrayée.

Qu'est-ce donc?

JULIO, du côté de Pascariello pour le faire taire. Rien! Une troupe de masques qui gagne la grande galerie...

CARLOTtA.

Vous ne m'aviez pas reconnue?

JULIO

Si fait... parfaitement... Moi qui vous ai suivie toute la soirée. [J part.) Elle est charmante !.. Et, ma foi ! une erreur de plus ou de moins...

CARLOTTA

Vous m'avez suivie?

JDLIO.

Avec acharnement... Mais jugez de mon dépit... Ce beau cavalier qui ne vous quittait pas, vous donnait le bras!..

CARLOTTA

Ce n'est pas ce que vous croyez , monsieur. C'est un jeune homme fort poli... à qui je demandais quelques renseignements sur la cour.

JULIO

Vous ne me les auriez pas demandés à moi , qui vous aime tant!

CARLOTTA

Vous m'aimez?

JULIO, avec un soupir.

Et depuis si longtemps !

CARLOTTA

Il y a quinze jours que vous êtes a Naples.

JULIO

Justement ! Quinze jours, c'est quinze siècles pour un amour comme le mien.

CARLOTTA

Vous n'avez paru que deux fois au magasin.

JULIO

Parce que votre mari est toujours là, près de vous...

CARLOTTA

Dam! c'est sa place!

JtJtlO.

Oh ! les places ! Le sort ne les donne jamais à ceux qui les mé-

ACTi: I, SCENE V. 19

ritent !... Mais vous avez bien vu que je ne payais jamais, pour avoir le droit de revenir. . . Je ne cessais de passer daos votre rue, pour saisir un regarû, un sourire... et chaque fois plus épris, je m'ecnais : Non, il n'y a pas de marquise, de duchesse... qui vaille Carlot a, la jolie parfumeuse!

carlotta, à part, flattée.

Il est vraiment aimable!... [voulant sortir) et je crois plus prudent...

JULIO, la retenant.

Oh ! vous ne me quitterez pas sans m'avoir accordé... un baiser...

CARLOTTA, se récriant.

Comment, monsieur !

JULIO, tenant sa main.

Sur cette jolie main.., qui embaume comme tout ce qui sort de chez vous...

CARLOTTA

Voiis devez vouè y connaître, vous que je fournis.

JULIO, soupirant.

Ah !... Pas de tout...

CARLOTTA, souriant.

Dam ! si vous allez prendre ailleurs... Je m'en vais...

JULIO, la retenant.

Non pas... Mon baiser...

CARLOTTA

Un baiser !

JULIO, lui enlevant son bouquet de violettes. Ou ce bouquet de violettes I

CARLOTTA

0 ciel !

JULIO

Que je serai fier de porter à ma boutonnière !

CARLOTTA

Monsieur, monsieur, rendez-moi mon bouquet.

JULIO

Contre un baiser... c'est le prix courant.

CARLOTTA, troublée. A part.

Ah ça 1 ils en demandent toUs ! [Haut.) Mais c'est affreux I ça n'a pas déraison !... Ma violette!

JULIO, à mi-voix.

Quand tout sera éteint, venez la chercher là-bas... derrière la statue de Minerve I

âO LES BIJOUX INDISCRETS.

CARLOTTA

Par exemple ! je n'irai pas.

JULIO, montrant la violette.

Alors, je la garde...

CARLOTTA, à part.

Ah ! mon Dieu! si le chevalier Gravina ne me la voit plus... il va me faire une scène... Et puis, je crois que c'est mon chemin pour me rendre a l'allée de Diane...

Eh bien ?

CARLOTTA, timidement.

Je n'irai pas... Je vous hais... je vous déteste!...

JULIO

Oh! alors... [Il fait un pas pour s^ éloigner avec le bouquet.)

CARLOTTA

Vous dites... à la statue de Miuerve!

ENSEMBLE

Air de la Perry. ♦■

jDLio, la lutinant.

Quoi ! refuser Un seul baiser Au cœar le plus tendre !

Mais ne peut-on Répondre non, Et le laisser prendre !

CARLOTTA, sfi défendant.

Un seul baiser Ferait jaser ; Je dois me défendre !

A part.

Mais ne peut-on Répondre non, Et le laisser prendre !

CARLOTTA, voyatit Pas:aridlo, Ah ! {Elle se sauve et disparaît par le fond à droite.)

PASCARiELLO , se montrant à gauche.

Ça y est ! ... chevalier de la Violette !

JULIO, la mettant à sa boutonnière»

Oui ! une fleur qui manquait à mon herbier...

PASCARIELLO, V admirant.

C'est renversant, pétrifiant... une variété de combinaisons, une facilité d'exécution!...

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