ACTE II, SCKNE II
JLLio, s' asseyant dans un fauteuil près de lui. Ne faites pas attention! [^ part.) Il regarde beaucoup ma bague.
LE DUC, d'un air ouvert.'^ J'ai à nie plaindre de vous, jeune homme.
JULIO, à pari.
Il fait le fâché... Il va me manger de caresses... [Haut.) De moi, monsieur le duc?
LE DUC, d'i/'/i ion gracieux.
Comment! un officier bien fait, spirituel... vient à Naples pour ses affaires ou pour ses plaisirs, ppu importe... Et ce n'est pas mon patronage qu'il réclame pour être présenté a la cour... Moi, Fami des jeunes gens... l'ami de toute la noblesse sicilienne!
Tant de courtoisie l
LE DUC
Il a fallu un duel au milieu du bal... On pouvait vous arrêter, savez-vous ?
JULIO, légèrement.
Non, non, je ne crois pas... {A part.) Ma bague l'occupe beaucoup.
LE DUC
Voyons, franchement, vous venez a Naples pour solliciter de l'avancement? Parlez, je serai heureux d'aplanir les difficultés, de vous expédiez promptement...
JULIO, avec abandon.
Franchement, monsieur le duc, j'étais venu à Xaples pour m'amuser... Ce que Ton m'avait dit de cette cour fastueuse et galante, de cette vie de plais'r... ers mœurs faciles, enjouées... ce tourbillon de femmes charmantes, toutes jeunes, toutes jolies, qui se mêlent, se confoi^dent sans distinction de rang, sans autre étiquette que le désir de plaire... tout cela avait enflammé mon imagination!... .le suis arrivé, et la réalité a dépassé mes rêves... {^vec enthousiasme.) Oui, tout inspire la joie, le bonheur, l'amour... qui est partout... dans un regard, dans un sourire... dans la brise de la mer... dans le parfum des orangers... dans l'air!... et, ma foi, je le respire à pleine poitrine !... DE DUC, souriant.
Sans distinction de rang?
JULIO
Mais oui.
LE DUC
Et sans arrière-pensée d'ambition ?
* Le Duc, Julio.
h^ LES BIJOUX INDISCRETS.
JULIO
D'hier au soir seulement, j'en ai ressenti une velléité.
LE DUC, attentif, et rapprochant son fauteuil. D'hier?
JULIO, légèrement.
Oui, je vais demander au roi un régiment.
LE DUC
Un régiment! quel est votre grade?
JULIO, gravement.
Lieutenant I
LE DUC
Peste!
JULIO, souriant.
C'est aller un peu vite.
LE DUC, se reprenant.
Non, non... ça me paraît fort raisonnable... et avec des protections...
JULIO
J'aurai la vôtre, d'abord.
LE DUC
Elle vous est acquise... {Regardant le diamant.) Mais encore faudrait-il faire valoir quelque service personnel, délicat.... [Changeant de ton.) Vous avez là une fort belle bague? JULIO, à part.
Ah ! ah ! nous y voilà... [Haut.) Oui... Elle est assez remarquable... Ce lion endormi, gravé dans le diamant même, lui donne une physionomie... (Changeant detofi.) Me conseillez-vous rinfanterie ou la cavalerie?
LE DUC, occupé de la bague qu'il suit des yeux.
Il me semble que la cavalerie... Elle vous vient sans doute de quelqu'un?
JULIO
C'est un bijou de famille.
LE DUC
Ah! [A part.) liment avec un aplomb... [Haut, souriant,) Pourquoi jouer au fin? Allons, elle vous vient d'une femme I...
JULIO
De ma grand' mère paternelle.
LE DUC
Je ne crois pas... j'en sais l'origine.
JULIO
Ah ! [A part.) Il est plus avancé que moi.
LE DUC, se rapprochant.
Parlons de la femme qui vous l'a donnée.