‹ ThéâtreChapitre 389 sur 462 · ACTE m, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE I

la soupe. {Cabry s'approche de la marmite, on lui donne une gamelle.)

CABRV.

Je'veux bien. {Il grelotte.) Je ne peux pas. {Il tremble.) Est-ce vexant ! je vas rattraper les fièvres.

LE SERGENT

Attends un peu, gourmand, elle refroidira.

CABRY.

Elle est gelée... Ah! Jacinthe, où est ton casaquin?... ton bouillon et tes yeux noirs, qui me réchauffaient comme deux soleils ?

LE SERGENT

Tu as beau dire : jolie armée! que l'armée du Rhin, dont nous avons l'honneur d'être membres...

CABRY.

Je ne dis pas, mais c'est drôle, moi, je n'aime pas les sièges.

LE SERGENT

Tu n'aimes pas les sièges, et voilà le premier que tu vois. Attends donc, pourquoi ne les aimes-tu pas ?

CABRY.

On avale trop de poussière.

LE SERGENT

Bah ! il pleut tant par ici...

CABRY.

Que la poussière devient de la crotte!... Bien obligé, et puis on travaille trop avec la pioche, ça n'est pas assez militaire pour moi, et pui=, monter la gard^ à 'une foule de pieds sous terre, dans des trous, je me fais l'effet d'une taupe.

LE SERGENT

Oh! oui!... mais quand on sort de là, aussi, comme il fait chaud !

CABRY.

Pas trop ! pas trop !

LE SERGENT

Oh ! je ne te parle pas d'en sortir comme tu viens de le faire.

CABRY.

Il y a donc d'autres manières?

LE SERGENT

Pardieu ! quand le fourneau est prêt.

CABRY.

Ah ! le fourneau !

LE SERGENT

Et qu'on allume la saucisse.

CABRT.

La saucisse sur le fourneau. [Tous de rire.) Daniel il vient do

le dire.

LE SERGENT

Oui, mais il y a fourneau et fourneau, comme il y a saucisse et saucisse... Le fourneau de siège, vois-tu, n'est pas tout à fait la même chose que ceux de la cuisine.

CABRY.

Ah!

LE SERGENT

Figure-toi un trou que l'on creuse jusque sous le camp ennemi, un trou comme celui dans lequel tu as monté la garde.

CABRY.

Bon!

LE SERGENT

On y bourre une douzaine de barils de poudre, on trépigne bien dessus.

CABRY.

Bon!

LE SERGENT

Ou met le feu à cela par le moyen d'une mèche, que nous autres ingénieurs nous appelons saucisse. ,,

CABRY.

Ingénieur!... c'est ingénieux!... Ah ! très-bien !

LE SERGENT

Et au moment où l'ennemi s'y attend le moins, on le fait sauter en l'air avec tout son bataclan. Est-ce que ce n'est pas une jolie manière de sortir de terre?

CABRY.

Très-jolie... très-jolie!. . . Et alors, vous croyez, sergent, que nous sommes en train de mettre une saucisse sur le fourneau pour les Anglais et les Russes ?

LE SERGENT

Ça ne m'étonnerait pas, Breton.

CABRY.

Et voilà pourquoi notre colonel nous fait creuser toutes ces galeries et ces boyaux où l'on a si froid?

LE SERGENT

Tout juste, en attendant qu'on y ait trop chaud.

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