ACTE ITI, SCÈNE YII
pénible de ne pas vous avoir serré la main cordialement, en vous disant combien je vous esti-ne, et combien je vous aime!
MORAXDAL.
Oh ! mon ami 1 [Ils se serrent la main.)
Tenez, quand je vous regarde et que je pense que là... tout à l'heure...
MORAND iL.
Vous me plaignez! c'est inutile !... J'ai pris mon parti, allez I... Et maintenant que j'ai fait le bonheur de Benjamine... réellement je ne regrette rien. Pour ce que je faisais sur terre !...
MARCELLIN
Espérez encore... mon ami I
MORAND AL
Bah !... quoi donc ?... Cependant, depuis que je vous ai serré la main, j'ai comme un petit point là, au cœur... qui ressemblerait à du regret... Ahl vous êtes bien heureux, Dumesnil, d'avoir un enfant et de vivre !
MARCELLiNj h CŒuv brtsé.
Oui, bien heureux I. .. c'est vrai !
MORANDAL.
Veillez bien sur ces pauvres femmes, n'est-c^pas? soyez tout pour elles, un père, un ami... parlez-leur quelquefois de moi... Allons ! allons .'...nous ne sommes pas ici pour nous attendrir ! Tous nos officiers m'attendent pour fêter ma bienvenue... le repas des Thermopyles... Vous serez des nôtres?
MARCELLIX.
Oh ! non ! j'ai à faire ici tous les préparatifs de l'opération 1.,. il faut que vous réussissiez , au lieu de succomber, colonel... Tout n'est pas perdu, allez!
MORANDAL,
Oui, oui, dorez-moi la pilule... en tout cas, au revoir !... dans une heure!... {Le sergent du génie apporte le fallot^ qu'il pose sur la tahle^ qui est sous la tente.) iMon cheval!.. . C'est drôle, il y a des gens qui prendraient au moins le temps de mourir I... et moi, je suis toujoiu's pressé! Au revoir!
MARCELLIN
De tout cœur. {Morandal sort. Seul, avec désespoir, et assis sous la tente.) Tui un fils! et je vais mourir!... "mourir sans l'avoir seulement embrassé!... Oh 1 mais, quoi, ne viens-jo pas
80 LE CHATEAU DE GRANTJEPx.
de serrer la main à Morandal! n'a -je pas juré dans mon cœur que cet homme vivrait?... Allons, Marcelliti!... pas de faiblesse!... il vivra !... J'ai au?si un testament à faire, moi, il sera moins long que celui de xMorandal. A Dieu moD àme !...moncor{ ,> au repos éternel !... ma ménioire h Thérèse!... tout le passé dan- Toubli!... (// prend la lettre de Thérèse, la brûle au falloL.) C'est fini !... (^e levant el allant au fond.) Officiers ! soldats ! à moi tout le monde !