SCÈNE III
BENOIT, seul.
Cette pauvre fille, elle est contente! Ah! si elle se rappelait que c'est demain ma fête, ce serait bien autre chose; mais pourtant elle est fille à le deviner, car sous cet air simple, c'est une espiègle. J'en serais fâché, car elle se croirait obligée de me faire un cadeau, comme elle a toujours fait jusqu'ici, et c'est ce que je ne veux pas.
Air : Jeunes beautés, au regard tendre.
J'entends encor la pauvre fille, L'an dernier, son offrande en main, Avec une grâce gentille, Me dire en rougissant soudain :
A fair' mon devoir toujours prête, Not' maître, je v'nons vous offrir C'tte paire d' rasoirs pour vot' fête... Acceptez-la z'avec un cuir.
Ah ! ah ! une voiture s'arrête devant ma porte. Voyons, je ne me trompe pas, c'est l'ami Vincent. D'où diable sort-il depuis deux ans que je ne l'ai vu? Viendrait-il de Pontoise pour me souhaiter ma fête? Ce serait bien joli de sa part. Mais s'il venait me demander ma soupe, cela dérangerait furieusement les affaires de Madelon. Non, non, je lui ai promis, et je lui tiendrai parole. Nous dînerons tête à tête. Le voici, taisons-nous.