SCÈNE III
LA BARONNE, lonjours assise, LE BARON.
LE BARON
Je vous annonce une bonne fortune, madame : le roi, estimant beaucoup trop haut mes travaux au conseil d'État, m'a offert re matin l'ambassade de Londres.
LA BARONNE, avec froideur.
Je VOUS en félicite, monsieur.
LE BARON
Je viens vous consulter sur la détermination que je dois prendre.
LA BARONNE
Je ne saurais vous conseiller, monsieur... j'approuve d'avance ce que vous déciderez.
LE BARON
Cependant cela ne pourrait vous être tout à fait indifférent ; vous m'avez fait la grâce de me dire que votre intention était de rester auprès de moi... En ce cas, je dois consulter votre goût, pour Londres ou pour Paris.
LA BARONNE
Londres et Paris me plaisent également, monsieur.
LE BARON
Votre langage m'attriste, Jane.
LA BARONNE
Et pourquoi cela?
LE BARON
11 trahit un découragement qui m'inquiète ; j'espérais vous voir accueillir cette bonne nouvelle... avec moins d'indifférence.
Je vous ai félicité, monsieur.
LE BARON
Oui, sans doute... mais de l'air dont vous féliciteriez un •étranger.
Ifi ].E RETOUR DU MARI
LA BARONNE
Mon Dieu, monsieur... pardonnez-moi cette apparence de froideur... mais je vous l'avoue... si je ne montre pas ici de préférence, c'est que ma vie ne saurait être assez intéressée à un changement de lieu... pour que je ne laisse pas à votre ambition le soin de vous guider.
LE BARON, avec tristesse, s aiseyaul auprès de la Baronne.
.Kavais une autre ambition, Jane, c'était de vous rapporter le bonheur... j'espérais fondre celte glace qui nous sépare...
LA BARONNE
Monsieur...
LE BARON, avec intérêt.
.lane, il y a en vous une défiance que je veux vaincre, une souffrance dont vous ne voulez pas guérir... et que cependant vous désirez cacher.
LA BARONNE
M'avez-vous entendu me plaindre, monsieur ?
LE BARON
Non ; mais comment sommes-nous l'un près de l'autre ? comme des gens qui se rencontrent par iiasard dans un salon. Notre réunion est un isolement à deux. L'heure qui pour tous est celle des épanchements, l' heure de la famille, devient pour nous celle de la solitude. Vous êtes dans notre maison, Jane... mais votre pensée et votre cœur n'y sont pas.
LA BARONNE
Laissons ce sujet, monsieur, je vous en prie, il m'afflige; si vous insistiez... je serais obligée de vous répondre... que je n'ai pas encore eu le temps de prendre de nouvelles habitudes.
LE BARON
Ah 1 VOUS n'avez pas [lardoi'iné, je le vois bien !
LA BARONNE
Si, monsieur... mais entre le pardon et l'oubli... il y a un abîme... J'ai pardonné, laissez-moi le temps d'oublier.
LE BARON
Non! ce ne sont point seulement mes torts qui font votre tristesse... Jane, vous êtes malheureuse, laissez-moi partager