‹ ThéâtreChapitre 238 sur 292 · CLARA · texte numérisé non relu

CLARA

Un monsieur est là^ qui demande si madame peut le recevoir, monsieur de Nareuil.

LIRMAY, trouble.

C'est bien... un instant, (euc sort.) Renée !...

RENÉE^ s' approchant.

Mon ami.

LIRMAY.

Monsieur de Narouil est-là !

RE^'KE, avec ('molioii.

Julien!...

MRMAY.

Renée... vous pâlissez!.,.

RENÉE^ très- émue.

Ce n'est rien... Je suis tremblante à l'idi'e de le revoir... la surprise... Mais au fait... puisqu'il vient....

ROLAND^ avec empressement.

Nous vous laissons."

RENÉE

Merci... Vous nrexcu serez, n'est-ce pas?... Passez par ma chambre... je ne voudrais pas qu'il vous rencontrât.

LIRM.\Y.

Vous ne préférez pas que je reste?...

RENÉE

Non. non, je veux... je dois être seule...

LIRMAY.

Renée, je suis inquiet.

RENÉE

Rassurez-vous.

LIRMAY, se retirant.

J'obéis ! (Revenant.) Vous m'ainiez ?

i; ENEE.

Oui... oui.

LIRMAY.

Chère Renée!... Jai besoin de vous croire... Adieu.

(Renée hésite un instant, puis va à la cheminée et sonne.)

S.CEîvE III

RENÉE-, .î II L I E N , inlro.lull par Clara. RENÉE, i-oLiranl l'embrasser.

Julien ! c'est toi! te voilà !... Ah! ta venue me rend bien heureuse.

JULIEN

Je suis arrivé hier, mais je n'ai su ton adresse que ce malin.

RENÉE

Je te lai donnée dans ma lettre du mois dernier.

JULIEN

Je ne l'ai pas -reçue; elle sera arrivée aprèsiinni dépait: J'ai [)ass(' six semaines à New-York.

RENÉE, avec iiuinii'liiilc

Tii ne l'as pas reçue ?

JULIEN

Non, et en arrivant je suis alli' chez madaine di' l;iriii;iy, itti... je cr()>ais te truuver.

ACTR II 65

RENÉE, atlerref.

Ah !... et... c'est par elle... que tu as su...

JULIEN

Que tu l'avais quittée... oui...

RENÉE. (Long silenco.)

Et... que t'a-t-elle dit?

JULIEN

Elle m'a dit... le motif de ton départ.

RENÉE, riiUerrogc du regard.

Ah!...

JULIEN, avec aniinalion.

Mais je ne Tai pas cru, car cela m'a semblé impossible! — Voyons, Renée, n'est ce pas? des apparences fatales t'ont fait calomnier?... il y a là un mystère... une intrigue, peutêtre, dont tu auras été victime et... que tu vas me révéler, à moi... cet homme... qui était avec toi... la nuit...

RENÉE, détournanl la tèle.

Mon ami

JULIEN, accablé.

C'était vrai!... Ah! il faut que ce soit toi qui me le dises.

RENÉE

Julien!

JULIEN

Ah!... Tu ne sais pas le mal que tu me fais!

RENÉE

Julien!... txi pleures...

JULIEN

Oui... je pleure sur ta vie perdue, sur l'avenir que je te rêvais... Comment, tu eu es venue là ? toi, si fière ! (Après un

grand silence, regardant autour de lui.} Et... tU eS ici cheZ toi?

GG I.A SKCONDE .IKUNESSF

RENEE, d'une voix à peine intelligible. Oui... i^Voyanl que Julien re|)reiul son eliapeau ipTil .ivait ilc-posé.) Tu

t'en vas?

JULIEN, avec ilécouragcmcnl.

Que veux-tu que je fasse ici?

RENÉE

Tu me condamnes sans m'entendre?

.lULlEN.

Que me dirais-tu?... Ce n'est pas moiq'ii te condamne...

c'est tout ce qui t'entoure. (ll indique rameulilenu-nl somptueux.) RENÉE, avce chaleur.

Julien ! . . . Mais n'ai-je pas une excuse, en(in ?. . . Quand je me suis vue, à vingt ans... sans avenir, le cœur plein de jeunesse... quand j'ai eu compté avec ce monde, qui n'avait pas de place pour moi parce que j'étais pauvre et sans famille...

JULIEN, viveiiirni.

Oh! tais-toi!... tune t'excuses pas !...Tamère était pauvre aussi... et elle a travaillé de ses mains pour l'élever. -

RENÉE

Julien !...

.IILIEN.

Ah ! tu rougis au nom de ta mère...

Mais, moi, je n'ai compromis que ma \ii'... quand je vdis tant (le femmes...

J IL 1 F.N, avee ili^iiit<-.

Ta mère (Hait-elle de celles-là... et pensait-elle ainsi?

MENEE

Julien !...

ACTK H 67

JULIEN

Ail ! n'tijouto pas 1111 mot. — En vérité, j'ôcoulo. .. etje cliorclio dans mes souvenirs la René^ d'autrefois.— Voilà ce que deux années ont fait de la pure jeune fille que j'ai laissée!...

RENÉE

Pardonne -moi...

.IULIEN.

Te pardonner?... Comment?... confiant dans ta vertu, dans ton courage, je quitte tout, amis, patrie, je m'exile; je vais risquer cent fois ma vie pour te faire une fortune, soutenu dans mes dures épreuves par la pensée (jue je me dévoue pour ton bonheur; je reviens, je te trouve ici, perdue...

RENÉE

Mon ami!...

JULIEN, l'inleiTompant.

Adieu ! ma place n'est pas ici... nous ne pouvons plus marcher dans la même route... Je n'ai aucun droit sur toi et tu t'es affranchie... Sois heureuse dans la honte, si tu peux. .le n'ai pas le courage "de te maudire, mais... tu as brisé ma vie. Adieu i...

RENÉE, suppliante.

.lulien, au nom de ma mère, protége-moi.

JULIEN

Ta mère !

'RENÉE, de même.

Elle m'eût ouvert ses bras; soutiens ma faiblesse, toi qui es fort, je n'ai que toi au monde. Je quitterai ton nom... renie-moi... mais ne me refuse pas ta pitié... Que deviendrai-je, si tuWabandonnes?

JULIEN, avec accablement.

Ce que tu deviendras?... Ah! je n'y songeais pas. Pauvre fille!

68 l.A SKi.ONDR .IKUNKSSR

RENKE.

Sauve-moi!

.1 L'LIE.N, (le iniMiu-.

Oui... En souvenir de ta mère, je dois te sauver!

HE.XÉE, rhcrcliaiil à lui saisir la main.

Ni- nie quille pas ainsi.

JULIEN, dogageanl sa main.

Ail laisse -moi ! Eu ce moment j'ai le cœur trop plein d'amertume... je ne veux pas t'aceublcr... j'ai ln'snin de me calnitT... IMus tard, j'aui'ai le courage...

UFNÉK.

Je te reverrai?...

JULIE.N

Aujourdliui même... je viendrai le dire à quel prix je puis le pardonner.

RENÉE

Mon ami !...

.IlLIEN.

Adieu!... (n son.)

RENÉE, seule.

Ail '. pauvre Julien ! je suis Ijien coupable!... mais 11 me pardon nt-ra...

SCHNK IV

W KM-:E, puis H 01. A NI).

Page 1