‹ ThéâtreChapitre 48 sur 292 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA COMTESSE, FIAMMINA.

(Fiammiiia va s'asseoir sur le canaiu', à droilc.) LA COMTESSE.

11 a toujours son air sympathique et charmant, ce bon lord Dudley. Quel cœur d'or !

FIAMMINA.

Oui.

LA COMTESSE

Mais je remarque que tu me réponds d'un ton préoccupé; ai-je dérangé une brouille ou un raccommodement?

f'iAMMINA.

Non, et je suis bien heureuse de te voir.

LA COMTESSE

Pas plus que moi. Mais laisse-moi donc l'admirer à mon aise : sais-tu que tu n'es pas chan^.ée? tu es toujours la belle Fiammina, et de plus, la grande ! Et moi, TOmment me ti'ouves-tu?

Toi ? plus charmante... tu as de la joie plein les yeux. Que je l'envie ! ,

LA COMTESSE

C'ett le bonheur, ma chère; je ne suis plus la même feniirc. Pendant deux ans, j'ai eu du Aaguc dans la tclc,j avais la nostalgie du théâtre; je rêvais toutes les

nuits que je chaiiiais, je ine voyais dans des apottiéoses où je respleniiissaii; aux yeux d'un public fanatisé par mes trilles et mes roulades; j'entendais des bravos, je marchais sous une pluie de Heurs, et quand le .ideau de ce beau songe iumbait avec le réveil, que le dirai-je? j'étais un peu triste. Mais un jour, je me sentis mère ! Ah ! depuis ce jour-là, je n'ai plus rêvé que berceaux, layettes, et babys à tètes blondes.

KIAMMINA.

Ainsi, lu ne regrettes rien i

LA COMTESSE

Hue veux-tu que je regrette, (juand je vois mes enfants? Ces doux anges qui tiennent dans leurs petites mains toutes les ûbres de notre cœur de mère sont bien forts... El quand on entend une petite vuix suppliante (pii vous crie, si l'on s'en va : .Maman ! ah! l'on oublie le monde, vois-tu, fûtes, plaisirs, bonheur, tout cela tient dans ces grands yeux qui vous regardent, la joie est sur ces petites lèvres roses qui vous sourient. El le rappel d'une salie enlière ne vaut pas un de ces sourires-là.

KIANMINA.

Ah! oui, tu as raison.

LA CUMTbSSc;.

Je passe ma vie en adoration devant tout ce petit monde. Je vais plus loin, ma chère, j'adore même mou mari, bien que j'y sois forcée.

FIAMMI^A.

Que tu es. heureuse !

LA (OMTESSf.

C'est vrai, je ne m'en cache pas. .Mais qu'a»-tu, ma chcru? Des larme»!...

ACTK ill •fg

IIAMMIKA.

Rien. Ail ! lu vue de Ion bonlieiir m'accable ! car moi aussi, j'aurais pu...

LA COMTESSE

Je l'ai affligée? Avec mes fatuités de mère Je réveille en toi le regret de ne pas l'èlre!

FIAMMINA.

Hélas! je le suis, tu le sais; mais c'est mon chàli- \nent, à moi.

LA COMTESSE

Mais ton enfant ?

FIAMMINA.

Écoule, tu m'as toujours vue gaie, insouciante, n'est-ce pas? Toute ma vie était dans mes succès, dans ce hruit que j'évoque sur mon passage, dans ces ovations enthousiastes qui nous font un instant régner sur la foule; j'oubliais, Tayant à peine vu, cet enfant auquel mes rêves ne pouvaient même pas donner un visage; je vivais follement, je croyais avoir effacé de mon cœur ce mot de mère qui fait ta joie : hier, j'étais dans une maison amie, enivrée de mon triomphe de la veille, un jeune homme entre, on le nomme, c'était mon fils I

LA COMTESSE

Ton filsl

FIAMMINA.

Oui, mon fils; mon cœur bondit; je ressentis là une commotion si vive, que je faillis m'évanouir.

LA COMTESSE

Et lui, que fit-il?

FIAMMINA.

11 me sdîua.

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