ACTE QUATRIÈME
sommes en face l'un de l'autre. Mais vous devez bien penser qu'il m'a fallu un motif grave pour me présenter dans cette maison, à cette heure matinale, au risque de rencontrer...
MICHEL Vous ne la rencontrerez pas... elle est sortie...
SUZANNE
Je viens de chez mon avoué... il m'a dit que vous vous opposiez à ce que j'emmène mes enfants. Est-ce vrai?
MICHEL Oui, c'est vrai.
SUZANNE
Alors, je suis accourue comme une folle, sans réfléchir à ce que ma visite pouvait avoir d'extraordinaire. Aussi bien, ces événements sont loin... il me semble que nous pouvons causer très 'amicalement et, depuis notre séparation, vous avez toujours fait preuve de conciliation et de générosité, vous vous êtes toujours montré très juste, chaque fois qu'il s'est agi des enfants... C'est ce qui m'a encouragée à faire auprès de vous cette démarche. Certes, je n'ignorais pas que le fait de me remarier pouvait apporter des modifications dans les arrangements pris jusqu'ici en ce qui les concerne. Vous pouviez les voir deux fois par semaine chez leurs grands-parents... vous aviez le droit d'exiger la continuation de ces visites... C'est votre droit absolu. Pourtant, je ne croyais pas que vous en useriez.
MICHEL
Pourquoi? Vous voulez vous remarier... rien de mieux... rien de mieux... Mais vous épousez un homme qui demeure très loin, au fond d'une province... vous avez l'intention,
je le sais de vivre la plus grande partie de l'aiinée, huit mois au moins àla campagne. Voyons, Suzanne, vous n'avez pourtant pas la prétention' d'emmener les enfants là-bas, en Meurthe-et-Moselle, de me séparer d'eux pendant huit mois?
SUZANNE
Hélas ! une mère a toutes les prétentions.
MICHEL
Je sais bien, mais réfléchissez un peu... vous me demandez là un sacrifice difficile.
SUZANNE
Ah! je ne me le dissimule pas... Pourtant, si vous aviez consenti ce sacrifice, j'aurais su le reconnaître... Par exemple, vous les auriez eus plus longtemps aux vacances... vous auriez pu les voir, quand vous auriez voulu... j'étais disposée à faire les concessions les plus larges.
MICHEL
Je n'en doute pas... mais je n'en profiterais pas de ces concessions. Vous allez demeurer à Nomény. On ne va pas à iN'omény comme on va à Asnières. Si votre futur mari a des terres à faire valoir en Lorraine, moi, j'ai mes occupations à Paris. Alors, où, quand, comment verrais-je mes enfants ? Deux ou trois fois par an. Sans compter qu'à une telle distance et à de tels intervalles, je n'aurais plus aucune influence, aucune direction sur eux. Autant dire que je m'en sépare complètement, que je renonce à leur affection, à leur tendresse et que je consens à n'être bientôt plus pour eux qu'un étranger.
SUZANNE
Oh!