ACTE PREMIER
PIERRE
D'abord, ma chérie, il est tard... il est temps de rentrer.
JULIETTE
Rentrons en gondole.
PIERRE
Non, marchons un peu, ça nous fera du bien; nous n'allons jamais par les petites rues, et pourtant, je lisais encore ce matin dans mon Bsedeker qu'elles sont très animées et le théâtre de curieuses scènes de la vie populaire.
Je n'aime pas marcher.
Je n'aime pas naviguer... j'ai déjà manqué deux fois de me noyer, et j'ai une appréhension quand je suis sur l'eau... j'ai peur même... enfin ça m'est désagréable.
JULIETTE Tu ne m'as jamais parlé de ça.
PIERRE
Mais si, tu as bien dû voir quà Paris, quand il s'agissait de traverser la Seine, je faisais plutôt un détour pour prendre un pont.
JULIETTE
Que la plaisanterie est de mauvaise grâce!
PIERRE
Oui, c'est entendu, je suis ridicule, odieux: je suis même indigne de porter le nom de Pietro, mais j'ai horreur de la gondole.
• ANTON lA
Voyons, Pierre, vous n'êtes pas gentil... puisque ça lui ferait tant de plaisir à cette petite.
JULIETTE Tiens, en voilà justement une qui passe.
PIERRE
Justement est admirable: il en passe tout le temps... Eh bien, appelle-la...
JULIETTE, à la fenêtre. Psst. psst...
PIERRE
Tu la hèles comme un fiacre. (Il crie.) Gondola! gondola!
ANTON I A Que fait-on demain ?
JULIETTE Voulez-vous aller à Murano?
ANTONIA Ça me paraît très indiqué... Alors, où se retrouve-t-on ?
JULIETTE
Voulez-vous que ce soit à l'une des mille petites tables de chez Quadri.
ANTONIA
Entendu... à l'une des mille petites tables de chez Quadri; nous allons vous regarder partir.