‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 187 sur 216 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

à un hoinine beaucoup plus âgé que vous et qui vous maltraitait, que crailleurs cet homme avait eu une fin tragique et qu'il s'était suicidé dans un accès de fièvre chaude. C'est bien ça que vous m'avez dit. n'est-ce pas?

ANTO:sIA Oui, en effet, je vous ai dit cela.

ROGER

Eh bien, aujourd'hui, j'apprends que madame de Moldère n'est pas votre vrai nom et que votre mari existe encore, car vous n'êtes pas veuve, mais divorcée à sa requête, à la suite d'événements que vous connaissez aussi bien que moi.

ANTONIA. hautaine.

C'est tout?

ROGER

C'est assez! Et je me rappelle cette soirée de Venise, je me rappelle toutes les ch'constances, toutes; je me souviens même de vos paroles: — «Peut-on s'égayer devant un coucher de soleil et peut-on mentir devant la mélancolique splendeur de Venise endormie!» — Et vous avez menti! Je ne vous demandais rien pourtant, c'était donc si simple de vous taire. Mais non, c'est vous qui avez insisté pour me raconter soi-disant votre histoire... des histoires! Vous aviez éteint la lampe, vous m'aviez pris la main et vous me parliez tout bas dans l'ombre... Vous avez menti comme on se confesse.

ANTONIA

C'est une infamie... je n'ai pas à répondre.

ROGER

Parce que vous n'avez rien à répondre.

ANTONIA

Si, mais à quoi bon, puisque vous ajouterez désormais plus de foi aux potins de Listel qu'à mes propres paroles. Listel vous a-t-il dit aussi qu'il m'avait fait une cour violente, que je n'avais pas voulu, moi, être sa maîtresse, et que ce qu'il a inventé à ce déjeuner n'était qu'une sale vengeance d'homme éconduit. J'ai tout un paquet de ses lettres dans un de mes tiroirs... j'en ai haut comme ça... des lettres où il me supplie... je peux vous les montrer...

ROGER

Je sais, je sais, ça n'est pas la peine.

ANTONIA

Quant à ce qu'il a pu vous raconter, vous savez bien que d'une aventure, quelle qu'elle soit, le monde tire toujours plusieurs versions: il y en a une indulgente ou à peu près, les autres sont plus ou moins envenimées... Sans contrôle, vous adoptez la plus défavorable. C'est dans l'ordre, puisque vous êtes mon amant.

ROGER

Malheureusement pour vous, il y a des détails d'une précision telle, des choses, vous comprenez, qu'on n'invente pas.

ANTONIA Comment faire? Quoi que je vous dise maintenant, vous ne me croirez pas. D'abord je vous ai avoué que j'avais eu un amant.

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