‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 193 sur 216 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

VOUS avez toujours l'air d'un sergent de ville, (il ne peut s'empêcher de sourire.) Êtes-vous content?... Croyez-vous que je vous dise la vérité?

ROGER

C'est l'accent de la vérité. Écoutez, il ne faut pas trop m'en vouloir. Je suis très énervé, très triste... Ce déjeuner, cette dépêche... Ah! c'est une mauvaise journée. Je vous demande pardon. Enfin, il faut du moins que cela serve à quelque chose, par exemple, à établir les situations nettement. (Très ému.) Écoutez, je vous aime, Antonia, mais si vous ne m'aimez plus ou si vous m'aimez moins, parlez franchement, je vous en supplie, car c'est votre droit... vous comprenez, c'est votre droit.

ANTONIA Pourquoi me dites-vous ça?

ROGER

Parce que je dois vous le dire, et si vous me parlez loyalement, vous n'aurez rien à craindre de moi. Vous êtes libre de votre cœur et de votre corps. Par votre situation sociale vous êtes, entre toutes, une affranchie... une affranchie! N'employez donc pas la ruse et le mensonge qui sont des armes d'esclave. Ah! je sais bien que votre sang à toutes charrie la servitude et la dissimulation ; mais il appartient à des femmes comme vous, que l'on dit supérieures, de se débarrasser de cette mauvaise hérédité, et vous surtout, Antonia, vous ne pouvez pas mentir comme une médiocre bourgeoise qui trompe son mari, ou une petite grue qui veut se passer ses fantaisies en gardant l'amant sérieux.

ANTOXIA

Je t'adore... je t'adore... mais tu ne sais donc pas que je suis folle de toi. Tais-toi, tais-toi, tu parles trop bien et tu ferais bien mieux de dire des bêtises. En amour, vois-tu, il n'y a que les bêtises qui soient vraies et qui restent !

ROGER

Allez vite vous habiller; nous avons l'un et l'autre besoin de sortir, de prendre l'air, d'entendre de la musique.

ANTOXIA

Je ne vais pas être longtemps. (Dans le cabinet de toilette dont elle a lair^sé la porte ouverte.) Rosalie, donnez-moi ma pelisse et ma toque de jais.

Cependant, Rog'er se promène de longr en larçe. en proie aux réflexions que l'on devine.

ROGER Je dois vous paraître absurde.

ANTONIA, dans le cabinet de toilette.

Absurde et charmant. Pourtant vous n'êtes pas bête, mais vous êtes si intelligent que si vous vouliez être bête, vous le seriez plus que n'importe qui... Allons. Kosalie. vite, dépêchez-vous.

En somme, quand un homme a discuté avec sa maîtresse, il se demande sïl n"a pas été forcément injuste ou lamentablement niais... Triste alternative. Ça n'est pas commode.

ANTOXIA

Si c'était commode, où serait la farce?

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