ACTE TROISIÈME
une raison ou pour une autre, nous venions à nous séparer... nous venions à nous séparer, n'est-ce pas?
ROGER Oui.
JULIETTE Qu'est-ce que je disais?...
ROGER Vous disiez que si vous veniez à vous...
JULIETTE
Ah! oui... eh bien, du jour au lendemain, il faudrait que je me débrouille, n'est-ce pas? Parce que vous pensez bien que je ne suis pas une femme à avoir amassé des rentes.
ROGER
J'en suis certain, mais Pierre ne vous laisserait pas partir comme cela; il est très généreux, il assurerait votre avenir.
Oh! certainement, mais je n'accepterais pas. Je trouve qu'en amour il ne saurait y avoir d'indemnité, et l'on n'a pas droit à une' retraite comme une employée qui est restée le temps voulu dans une administration: les invalides du collage, je trouve ça humiliant et un peu ridicule.
ROGER Alors ?
JULIETTE
Alors, je veux avoir un métier. Ça n'est pas déshonorant, n'est-ce pas?
ROGER
Loin de là.
JULIETTE
Parce que je ne veux pas tomber dans la galanterie, ou même, sans tomber dans la galanterie, je ne veux plus me remettre sous la dépendance d'un homme, je ne pourrais pas, je ne pourrais pas.
ROGER Mais il n'est pas question de cela.
JULIETTE
Enfin, on ne sait jamais. Alors, je viens vous demander un conseil.
ROGER
. Ah! un conseil, c'est bien difficile, ma pauvre amie. Qu'est-ce que vous voulez faire d'abord?
Je ne sais pas, moi; je voudrais rentrer au théâtre.
ROGER
Au théâtre! Vous savez ce que c'est? puisque vous y avez déjà été. Un directeur vous donnera tout de suite deux cents francs par mois et le conseil de vous faire entretenir. Si vous ne voulez pas vous mettre sous la dépendance des hommes, ce n'est pas au théâtre qu'il faut aller. Non, le théâtre, je ne vois pas ça pour vous.
JULIETTE Je peux me faire modiste, couturière.