ACTE TROISIÈME
LURDAU
Je ne conclus pas du particulier au général.
L'ONCLE EMILE
Et puis, vous avez écrit sur les femmes françaises, sur les hommes aussi, des choses plus sévères. Je lisais précisément tout à l'heure votre article dans V Oréo'panax: vous écrivez que les Français sont bavards, ignorants, libertins, frivoles, et que nous offrons les symptômes d'une vertigineuse décadence.
LURDAU
Oh! les peuples mettent cinq cents ans à pourrii*. J'ai observé chez vous certains symptômes de décadence... je les ai signalés loyalement.
L'ONCLE EMILE
Ah! vous nous arrangez bien! J'ai même été surpris de lire ces choses-là dans une revue française.
Et, bien entendu, dans une revue française, on doit imprimer que les Français sont le premier peuple du monde.
L'ONCLE EMILE
Pas nécessairement; mais il n'est pas nécessaire non plus d'imprimer tout le contraire.
AFKLER
Oh! le docteur Lurdau n'épargne pas non plus ses compatriotes.
LURDAU
Naturellement ! Qu'est-ce que ça signifie : compatriotes ?
x\ch! Ça n'est rien du tout. Moi, je suis tout à fait exempt du préjugé national. Je suis un citoyen du monde, vous comprenez. Alors, je ne juge pas les gens, s'ils sont Italiens, ou Danois, ou Eusses, ou Français... ou je ne sais quoi, vous comprenez! Je fais l'ethnographie, la psychologie des peuples.
VOWENBERG, avec force.
J'ai trouvé votre article, docteur Lurdau, de tout premier ordre.
L'ONCLE EMILE
Et puis, vous ne vous en êtes pas tenu aux généralités. Vous avez pris à partie, assez rudement, quelques-uns d'entre nous.
LURDAU
Vous êtes le peuple qui a fait la belle et grande Révolution. J'ai pris à partie ceux qui, dans la France, cette terre des nobles idées généreuses, veulent systématiquement retourner en arrière.
VOWENBERG, rudement.
Et VOUS avez eu raison de leur mettre le nez dans leurs raisonnements de sciapodes et de blémies!
MICHEL, intervenant.
Les gens dont vous parlez ne veident pas systématiquement retourner en arrière. Ce sont des gens qui pensent en Français, voilà tout.
JUDITH
Ah! penser en Français, on sait ce que ça veut dire: c'est limiter l'humanité à un fleuve et à une chaîne de montagnes; c'est ignorer complaisamment ce qui se passe