ACTE PREMIEK
ARMANDE
Quoi?
MOLIÈBE.
Pilule amère!
ARMANDE
Puisqu'elle a pris sur moi tous les droits d'une mire,
Notre mère étant vieille, et que, dans ce logis,
Par ses commandements nous sommes tous régis,
Il vous faut obtenir de cette sœur ainée
Le droit de nous unir par un juste hyménée.
Elle était ces jours-ci de fort méchante humeur;
Quant à moi, j'ai le don de la mettre en fureur.
MOLIÈRE
Il vous semble.
ARMANDE
Non, non, ce n'est pas une idée :
Je suis, à chaque instant, pour un rien gourmandée. Alors, si vous voyiez ce regard courroucé, Ce front plissé, ce nez pincé, cet air glacé! Je ne suis pourtant plus une petite ii lie, J'ai l'âge où l'on s'ennuie, hélas! dans sa famille.
Vous vous ennuyez?
ARMANDE
Tant que je pleure parfois, Souvent! Mon seul bonheur est lorsque je vous vois; Mais, la plupart du temps, vous êtes au théâtre; Entre une m^re infirme et cette sœur marâtre, Ma vie est assez sombre.
Elle ne balance pas à pleurer.
MOLIERE
Ohl je m'en doute bien..."
Armande, vous pleurez!
ARMAND E
Non, Monsieur, ce n'est rien :
Il faut me pardonner un moment de détresse. Vous savez ce que c'est, lorsque la douleur presse... Mais pourvu que je sois sûre de votre cœur.
MOLIERE, résolument.
Je parlerai bientôt, bientôt à votre sœur.
ARMANDE, joyeuse.
Bientôt?
MOLIÈRE, déjà moins décidé.
Il faut attendre un moment favorable, Puisqu'elle est, dites- vous, d'une humeur exécrable.
ARMANDE, déçue.
Attendre encore! Alors quand?
MOLIÈRE
Je crains son accueil :
Vous savez qu'elle voit déjà d'un mauvais œil Notre bonheur visible à nous trouver ensemble.
ARMANDE
Oui, cela, je le sais; raison de plus, il semble, Pour lui déclarer qu'il s'agit d'un sentiment Profond de votre part, non d'un amusement. Alors, quand on saura que ce n'est pas fleurette, Que je vous aime aussi, que je suis toute prête Au mariage, on nous mariera.
MOLIÈRE
Vous croyez?
ARMANDE
Que voulez-vous qu'on fasse? En tout 'cas, essayez! Vous compromettez tout, à force de vous taire. Ah! Dieu, si je pouvais arranger cette affaire, Je serais brave pour défendre mon bonheur; Je saurais bien plaider a cause de mon cœur.