‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 181 sur 203 · I-E MARQl 1S · texte numérisé non relu

I-E MARQl 1S

Que tout était charmant! Que la vie était belle, Et comme on était gai! Le merveilleux printemps! Mais combien y a-t-il de tout cela?

ARMANDE, indifférente.

Sept ans.

Alors, le grand Alcandre adorait La Vallière. (58)

ARMANDE

Ah! la pauvre duchesse, elle n'est plus si fière : Alcandre est infidèle, elle pleure souvent, Elle désirerait entrer dans un couvent; Mais le Roi ne veut pas... et même il la ravale Sans cesse, la gardant auprès de sa rivale. (s9)

LE MARQUIS

Il se fait en sept ans de fort grands changements l)ans les mœurs, les habits, et le cœur des amants. Dites-moi, vous avez changé votre coiffure?

ARMANDE

Oui, c'est depuis deux mois la nouvelle frisure: (60) L'autre était compliquée et celle-ci sied mieux.

LE MARQUIS, lui prenant les mains.

Armande, laissez-moi regarder dans vos yeux.

ARMANDE, sans coquetterie.

Regardez donc, Monsieur : contentez votre envie.

LE MARQUIS

Ils furent dans un temps les miroirs de ma vie, Et les brillants flambeaux de nos folles amours. Dire qu'on s'est aimé deux ans!

ARMANDE, précise.

Et dix-sept jours.

Nous en sommes-nous dit de mortelles injures! Nous en sommes-nous fait de cruelles blessures! Ah! comme vous étiez coquette!

ARMANDE

Et vous jaloux!

LE MARQUIS

Vous me jouiez des traits.

ARMANDE

Vous me donniez des coups.

LE MARQUIS

Armande !

ARMANDE

Quoi, Monsieur?

LE MARQUIS, s'exaltant.

Je vous ai bien aimée.

Oui, je vous ai tenue entre mes bras, pâmée...

ARMANDE

Chut!

Ai.li: QUATRIÈME 311

LE MARQUIS

Et vous êtes là, si froide, avec des yeux Sans flamme, sans désir.

ARMAND E

Vous êtes ennuyeux !

Pourquoi revenez-vous aujourd'hui sur ces choses, Et faut-il s'étonner de ces métamorphoses? Vous ai-je pas aimé, moi-même, follement? Hélas! l'amour nous quitte, on ne sait pas comment. N'êtes- vous pas aussi sans désir et sans flamme?

LE MARQUIS

Non... en me retrouvant auprès de vous, Madame, Tout à coup mon cn>ur bat à me faire du mal : Rien qu'à sentir l'odeur de ce Palais-Royal, Je revis cette époque où je vous ai connue, Et... je vous dis adieu... j'ai l'âme tout émue.

ARMAND E

Vous partez?

LE MARQUIS

Je suis plein de tristesse soudain.

ARM AN DE, simplement polie.

On ne vous verra pas, demain, après- demain?

LE MARQUIS

Non... vous êtes le Roi... moi, je suis La Vallière. Et puis, je neveux pas faire souffrir Molière.

ARMAND E

Comment?

LE MARQUIS

Oui, tout à l'heure il a jeté sur nous Des regards inquiets... il est toujours jaloux?

ARMANDE

Je ne lui donne pas occasion de l'être.

LE MARQUIS, se faisant une sortie.

Et, moi, je ne veux pas non plus vous compromettre;

Il doit être déjà dévoré de soupçons.

Adieu.

Il baise la main d'Armande et, sur ta porto, il rencontre Baron. Les deux hommes se saluent.

BARON

Monsieur!

LE MARQUIS

Monsieur !

BARON

Monsieur!

MARQUIS, passant enfin en riant.

Que de façons!

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