‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 190 sur 203 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

MOLIÈRE

Qui vous a dit cela? Voulez- vous bien vous taire!

MADELEINE

Mais pourquoi? Je suis lasse à la fin de souffrir.

Les beaux jours reviendront et vous allez guérir.

MADELEINE

Vous la regretterez, votre vieille compagne.

MOLIÈRE

A Pâques, vous pourrez partir pour la campagne; Je vous installerai dans la maison d'Auteuil, Et les lilas fleuris vous feront un accueil Embaumé.

MADELEINE

C'est gentil de me dire ces choses; Mais je ne verrai plus les lilas ni les roses, Je ne serai plus là, quand viendra le printemps.

MOLIÈRE

Taisez- vous donc ! Mais vous vivrez bien plus longtemps Que... que moi. Ce matin, vous avez bon visage; Et voici le soleil! C'est d'un heureux présage. Mais que vois-je?

MADELEINE

Quoi donc?

MOLIÈRE

Il me semble... parbleu!

A son bonnet on a mis un beau ruban bleu. Madame... j'aime assez cette coquetterie, j

MADELEINE. '

Hélas! vous vous forcez à la plaisanterie.

MOLIÈRE, allant près Je la fenêtre.

Voulez- vous que je tire un petit le rideau?

vi. 28

MADELEINE

Oh! non. laissez entrer le soleil... c'est si beau! Cette nuit, je songeais à la joyeuse époque Où, riches seulement d'un amour réciproque, Comédiens errants et perchés sur un char, On voyait s'embrasser Molière et la Béjart, Dans la chaude clarté des soleils de Provence ! Et je vais vous faire une étrange confidence : En songeant à ces jours vagabonds et charmants, Je retrouve en mon cœur pour vous des sentiments Très tendres ; mon ami, j e retombe en j eunesse ! Se peut-il qu'un amour aussi lointain renaisse? N'aurait-il pas cessé?... Venez là, près de moi... Je veux vous demander pardon.

MOLIÈRE

Pardon... de quoi?

MADELEINE

De vous avoir souvent causé bien de la peine.

MOLIÈRE

Oh! j'ai tout pardonné, ma chère Madeleine.

Depuis bientôt trente ans que nous nous connaissons,

Nous en avons laissé de la laine aux buissons,

Tous deux. Je vous ai mise un jour dans cette amère

Situation, vous, d'être ma belle-mère!...

Et de tous mes malheurs, vous m'aviez averti

Devais-je me venger? Toujours prendre parti Pour elle, contre vous? Non, je fus très coupable : Je vous ai fait aussi la vie abominable.

MOLIÈRE

Ne vous reprochez rien.

MADELEINE

Comme vous êtes doux !

Elle porte, soudain, les mains à son cœur.

Attendez... attendez... j'ai mal...

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