ACTE PREMIER
MADAME FALCONNET
Mais, docteur, que faut-il faire?
LE DOCTEUR MOURGUEIL.
Des exercices. Vous ne faites pas assez d'exercice. Vous ne montez jamais un escalier, naturellement, à quoi bon? il y a des ascenseurs; vous ne faites jamais un pas à pied, vous avez votre auto, sans doute, et puis il y a les taxis, le métro ; les mouvements les plus simples, vous vous déshabituez de les faire; vous avez une femme de chambre qui vous chausse et vous déchausse, qui vous lace et vous délaee?
Et aussi qui me frictionne au gant de crin.
LE DOCTEUR MOURGUEIL.
Mais c'est à elle que ça donne du mouvement; vous ne faites jamais rien par vous-même.
ADRIENNE
Sauf l'amour.
LE DOCTEUR MOURGUEIL.
Et encore!... (a Madame Faiconnet.) Tenez, madame, je parie que vous ne prenez pas votre talon dans vos mains?
NELLY
Décidément, il lui en veut !
MADAME FALCONNET
Comment?
LE DOCTEUR MOURGUEIL.
Comme ça!...
Il fait le mouvement.
MADAME FALCONNET
Ça n'est pas bien malin.
LE DOCTEUR MOURGUEIL.
Eh bien, essayez... sans pencher le haut du corps, il faut que le buste reste droit.
C'est encore assez difficile; mais je viens de dîner, et puis j'ai mon corset.
LE DOCTEUR MOURGUEIL.
C'est un corset de muscles qu'il vous faudrait.
Cependant, et en riant, ces dames ont essayé de prendre leur talon dans leurs mains. Seule, Nadia Meynard exécute ce mouvement avec une aisance parfaite.
MADAME LATRILLE.
Ah ! madame Meynard le fait admirablement.
NELLY
Parbleu ! Elle n'a pas de corset.
MADAME FALCONNET
C'est merveilleux! Comment faites-vous?
NADIA
Il faut venir tous les matins à l'institut du docteur Mourgueil, chère madame. Au bout de deux mois, vous pouvez avoir perdu douze centimètres de tour de taille.
MADAME FALCONNET, émerveillée.
Pas possible!
NADIA
Vous aurez une souplesse incroyable et, surtout, une sensation d'euphorie.
MADAME FALCONNET, émerveillée.
Vraiment. Qu'est-ce que ça veut dire, euphorie?
NADIA
Bien-être, bonne santé. Ainsi, moi, il y a six mois,