‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 42 sur 203 · SCÈNE III NELLY, ADRIENNE · texte numérisé non relu

SCÈNE III NELLY, ADRIENNE

ADRIENNE

Rebonjour... ça n'a pas été long... c'est bon signe. Eh bien, vous lui avez parlé?

NELLY

Oui.

ADRIENNE

Il sera raisonnable?

NELLY

Oui.

ADRIENNE

A la bonne heure... Oh! il n'aurait rien fait, quand on y réfléchit... enfin, c'est toujours plus sûr.

NELLY

Evidemment.

ADRIENNE

Je vous remercie tout de même.

NELLY

Il n'y a pas de quoi.

Comment ça s'est-il passé?... racontez-moi.

NELLY

A quoi bon? C'est inutile.

ADRIENNE

C'est amusant; mais vous ne me dites rien... vous êtes sobre de détails.

NELLY

Je vous dis l'essentiel, ce qui vous intéresse : il ne provoquera pas M. de Fréville, il n'y aura pas de scandale, vous ne serez pas compromise, et il vous rendra vos lettres, et même votre robe japonaise et vos mules, si vous y tenez.

ADRIENNE

Mais comme vous me dites ça!... Vous avez l'air de me donner tort.

NELLY

Je ne peux pourtant pas vous donner raison.

ADRIENNE

Vous parlez sérieusement?

NELLY

Très sérieusement, je vous assure.

ADRIENNE

Ah ! bien, très bien.

NELLY

Voyons, ma chère amie, vous savez aussi bien que

moi comment vous avez traité ce garçon. Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il soit exalté, et môme si j'avais connu la vérité, que vous ne m'avez pas dite complètement, enfin, disons que vous avez été sobre de détails, je vous assure que je ne me serais pas chargée de la commission... Puisque vous vouliez vous évader de cette liaison, vous n'aviez qu'à inventer un prétexte; une femme n'est jamais embarrassée... vous pouviez lui dire que votre mari était averti, vous surveillait, enfin, le prétexte classique; mais vous lui déclarez que vous en aimez un autre, et vous le lui nommez! Ah ! vous avez été cruelle.

ADRIENNE

J'ai été franche... est-ce un crime?

KELLY

.Mieux que franche, brutale.

ADRIENNE

Un amant qui se cramponne ne comprend pas les nuances... Alors, on fait comme on peut... Et puis, il jm' ennuyait ! il m'ennuyait!! il m'ennuyait!!! D'abord il est trop jeune.

NELLY

Mais vous le saviez... voilà une chose qui était vibible et, dans ce cas, il fallait vous mieux assurer de vos sentiments à vous.

ADRIENNE

Enfin! tout de même, ce n'est pas une jeune fille... et je ne l'ai pas pris de force.

NELLY

Mais vous l'avez pris... il était sans hardiesse, sans expérience.

ADRIENNE

Il n'est pas si timide que ça.

NELLY

Enfin, c'est un enfant, et si ce n'était qu'un jeu dé votre part, la partie n'était pas égale : vous êtes une femme avertie.

ADRIENNE

Ce n'était pas un jeu... j'ai été de très bonne foi : si vous croyez sans ça que je serais allée rue Caulaincourt... M. Bayanne m'avait plu, j'ai cru que je l'aimerais... je me suis trompée, voilà tout.

>;elly.

Évidemment, voilà tout; mais j'ai vu cet enfant pleurer et j'en suis encore tout émue !

ADRIENNE

En effet... d'ailleurs, admettons que j'aie eu tort, vous mo le reprochez un peu tard; vous m'avez dit vous-même tout à l'heure que vous étiez au courant... ou plutôt que vous vous étiez aperçue... enfin que vous saviez parfaitement à quoi vous en tenir sur la nature des relations qui existaient entre Robert et moi. Je croyais que vous approuviez... du moins vous ne désapprouviez pas... à chaque instant, vous nous invitiez ensemble, moins dans les derniers temps, je le reconnais. Enfin, un moment, vous ne jugiez pas tout cela tellement blâmable. Maintenant, il paraît que c'est changé, je suis une femme monstrueuse, abominable. Pourtant, dès l'instant que vous acceptiez que cette liaison ait commencé, vous devez accepter qu'elle finisse... c'est dans l'ordre. Tout passe, tout casse, tout lasse. Mais vous-même, Nelly, n'avez-vous jamais aimé que pour toute la vie? et vous avez bien fait, vous seriez bien à plaindre!... mais alors, ne venez pas me faire de la morale.

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