ACTE DEUXIÈME
ANTOMA.
Non, VOUS ne m'ennuyez pas.
PIERRE
Je n'en sais rien... chaque fois que je vous vois, il faut tout recommencer, comme si je vous voyais pour la première fois, et vous ne vous rappelez jamais où Ton en était resté.
Je ne peux pourtant pas faire une marque. Ce n'est pas ma faute... il faut me prendre comme je suis.
PIERRE
Mais je ne demande pas mieux que de vous prendre... comme vous êtes, surtout comme vous êtes; mais vous vous plaisez à me troubler, à m'intimider. Vous vous amusez peut-être beaucoup...
ANTONIA
Ah! non, je ne m'amuse pas.
PIERRE
Moi non plus. Un jour, vous me laissez tout espérer, tout, et le lendemain vous ne vous rappelez plus rien... ou vous faites celle qui...
ANTOMA.
Non, je ne fais pas celle qui...
PIERRE
Mais si... enfin, je ne comprends plus rien, je ne sais plus.
ANTONIA
Moi non plus, je ne sais pas... en vérité, je ne sais pas.
PIERRE
En tout cas, vous savez que je vous aime. Depuis le jour où je vous ai connue à Venise, je vous aime, et je vous l'ai dit, et vous m'avez lais.sé vous le dire.
Toutes les femmes aiment qu'on leur dise ces choseslà.
PIERRE
Oui, mais moi, vous saviez combien c'était grave, et je vous avais expliqué comment je vivais et toute l'inquiétude de ma vie tranquille, car il y a l'amertume du bonheur comme il y a l'ivresse de la souffrance; et je souffrirai avec vous.
ANTONIA
Pourquoi changer, alors?
PIERRE
Pour changer. Enfin vous êtes venue, vous, dans ma vie : vous étiez le rêve, l'aventure, le roman, la chimère, le superflu... l'indispensable! et je vous ai aimée éperdument. Que voulez-vous faire?
ANTONIA
Je ne sais pas, en vérité, je ne sais pas.
PIERRE
Vous ne savez pas?
ANTONIA
Mais non... c'est à vous d'avoir de la décision.
PIERRE
Ça n'est pas facile avec vous, vous êtes tellement autoritaire.
ANTONIA
J'aime pourtant qu'on me commande.
Brûler mes vaisseaux? Je ne recule pas devant cet incendie, mais ce sont eux qui ne voudront pas flamber. Tant pis, c'est vous qui l'aurez voulu... Tenez, j'ai justement quelque chose à vous remettre.
Il tire un petit écrin de sa poche et le remet à Aotonia.