‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 196 sur 237 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANTONIA

Oh! c'est affreux, ces courses d'obstacles. Et pourtant je n'aime que celles-là.

PIERRE

Vous vous donnerez une maladie de cœur.

ANTONIA

C'est vrai, ces spectacles-là me font mal, et je veux voir tout de même; alors, j'ai imaginé un raisonnement dont je suis assez contente.

LISTEL

Voyons !

ANTONIA

Je joue très gros jeu, et si c'est le cheval pour qui j'ai parié qui tombe, je me dis que c'est mon argent qui tombe en même temps, et la grosse perte que je fais atténue ma pitié pour l'homme et pour la bête; et si, au contraire, ce sont les autres chevaux qui culbutent, n'est-ce pas des rivaux qui sont éliminés?

LISTEL

Ça n'a l'air de rien, mais c'est tout un système philosophique, et c'est avec de tels raisonnements que des gens savent être heureux, quoi qu'il advienne. Vous devez être très heureuse.

ANTONIA

Je ne suis pas malheureuse, mais j'ai une vie bien monotone, et je viens de vous le dire...

LISTEL

Vous aimez les obstacles : mais il ne tient qu'à vous, madame, de faire de votre Longchamps un Auteuil merveilleux.

PIERRE

Et puis, ne vous désespérez pas, madame, les accidents viendront toujours assez tôt, et les panaches et les catastrophes.

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