‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 207 sur 237 · A MO NI A · texte numérisé non relu

A MO NI A

C'est bien vrai.

ROGER

Et même avec les lois actuelles, s'il y a des hommes qui asservissent et ruinent des femmes, il y a des né-

fastes et des victorieuses qui sèment des désastres autour d'elles. Ce n'est donc pas les lois qu'il s'agit de refaire, mais il s'agit d'éclairer et d'élever les âmes, car les lois sont parfois dangereuses aux honnêtes gens, et il vaut mieux s'en passer, à moins d'avoir le code idéal, le code sans marges. Mais, quand vous parlez de votre servitude, vous surtout, mesdames, vous prêtez à sourire, car vous êtes des affranchies; vous entendez bien, des affranchies; vous êtes, la plupart du temps, non pas les esclaves, mais les maitresses, et nous avons pour vous toute la tendresse, et le respect, et le dévouement, et la pitié.

ANTONIA

Tous les hommes ne sont pas comme vous : il y en a, et c'est la majorité, qui sont restés les maîtres égoïstes et durs.

ROGER

Mais distinguez du moins à qui vous avez affaire, et avec ceux qui ne vous battent pas et ne vous exploitent pas, sachez vous conduire comme des affranchies... c'est tout ce que nous demandons. Alors, la cause féministe aura fait un grand pas.

MADAME DANGLEJAIS.

Ah! comme vous avez raison, monsieur, et partout où je suis allée, si vous saviez quelle réputation de frivolité et de perversité s'attache à la femme française. Et c'est injuste. Mais, de même que les modes viennent de France, il semblerait que le vice en vient aussi, parce que c'est là qu'il est le plus élégant, le plus tapageur et le plus joUment cynique. On nous accable avec les mœurs des bourgeoises et des mondaines, c'est-à-dire des affranchies, quand il faudrait au contraire, pour notre cause, que l'exemple vint de celles-là, et qu'avant de reformer la société, elles se reformassent elles-mêmes.

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