ACTE DEUXIEME
CLAUDINE
Et tu l'aimes?
VÉTHEUIL
Beaucoup.
CLAUDINE
Il Vadore.
Trois heures sonnent.
CLAUDINE
Enfin, nous voilà tous les deux, seuls, à trois heures du matin, et quelqu'un entrerait... A qui ferait-on croire que nous avons été deux amants bien sages?... personne ne voudrait croire à cette bonne action, car c'est une bonne action.
VÉTHEUIL
Alors, j'en serai récompensé?
CLAUDINE
Pas plus tard que demain... et maintenant allezvous-en, mais je veux que vous me disiez des choses gentilles avant de vous en aller... pourtant, si ça vous ennuie, ne vous forcez pas.
VÉTHEUIL
Ah! Claudine, tu le sais bien que je t'adore, parce que tu es la plus jolie et la meilleure... Tu es vraiment ma maîtresse et je ne peux pas aimer une autre femme que toi. On se dispute quelquefois, mais ça n'a pas d'importance, et au fond nous nous entendons très bien, n'est-ce pas? Je sais bien ce qu'il y a parfois entre nous, c'est notre remords, c'est notre pitié pour lui... aussi, quand tu es désagréable, il ne faut pas m'en vouloir : ça n'est pas sa faute... Tiens, Claudine, voilà comment je t'aime, avec dévotion.
Il s'agenouille devant elle.
CLAUDINE
C'est bien, je suis contente. Et maintenant, va-t'en, ne fais pas de bruit, je vais sur le balcon te regarder t'en aller... pour te réchauffer le plus longtemps possible.
VÉTHEUIL
Non, non, quelle imprudence... tu vas attraper froid, je ne veux pas.
Si, si, je vais bien me couvrir.
VÉTHEUIL
Je ne le veux pas... si tu fais ça, je me tue sous tes fenêtres.
'0i2 CLAUDINE.
Alors, je n*insiste pas. Ademain~matin... dix heures cinquanto-sept... n'oublie pas.
VÉTHEUIL
; Dieu m'en garde! Au revoir, ma Maîtresse.
CLAUDINE
Au revoir, mon Amant.
Restée seule, Claudine éteint la lampe dans le cabinet de toilette, puis va entr'ouvrir la porte de la chambre de Denise pour voir si sa fille dort.
Et c'est ainsi que finit le deuxième acte.